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Crédit logement islamique : à quoi ressemblera la Mourabaha 2015 en France ?

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Par Anass PATEL, Président-Fondateur Groupe 570

A quoi ressemblera la Mourabaha 2015 ? Et bien tout simplement, il faut l’envisager en mode réseau ouvert sur une plateforme internet, de mise en relation entre clients et acteurs, entre acheteurs de biens immobiliers et financiers.

Le 18 décembre 2014 a été signé le premier contrat Murabaha bancaire pour un particulier qui achetait sa résidence principale sur une durée de 15 ans. Le client habite en dehors de la région parisienne, mais c’est à Paris que s’est finalisée l’opération de revente du bien préalablement acheté par la banque, par un crédit-vendeur respectant les conditions de l’instruction fiscale en vigueur depuis sa mise en place par Christine Lagarde en 2010.

L’histoire de ce dossier a commencé très exactement le 8 janvier 2014. Oui, il a en effet fallu une année complète pour réaliser cette opération pourtant simple de financement immobilier mais qui se voulait conforme à l’éthique musulmane. Si les points sensibles sont nombreux pour cette approche encore nouvelle en France, les secrets de cette réussite tiennent à la patience, à la pédagogie et à la détermination des différents acteurs, aussi bien client que banque partenaire.

Dans un monde « normal », quand un courtier possède un bon dossier client pour un crédit logement, il a l’embarras du choix en faisant jouer la concurrence entre les banques, qui vont d’un côté assouplir le montant de l’apport et de l’autre promettre de réaliser l’opération en à peine quelques semaines. Mais pour celles et ceux qui font le choix de respecter les contraintes d’un financement éthique, il faut redoubler d’effort et de détermination. Et on ne peut qu’être admiratif devant le calme et la sagesse qui ont dictés le comportement du client, qui maintenant est un heureux propriétaire, en famille qui s’agrandit avec l’arrivée d’un troisième enfant.

Un an pour un crédit immobilier ! Cela paraît bien long, pourtant c’était le prix à payer pour être en conformité avec son éthique. Mais dans cette France du numérique qui évolue à grande vitesse, avec les banques qui se battent pour acquérir de nouveaux clients, souvent même en proposant des services totalement en ligne et automatisés avec des réponses en 24 heures, comment envisager le futur de la Murabaha ?

D’abord comment expliquer ce retard ? Est-ce propre à la France ? A son modèle bancaire ? Aux résistances culturelles ? Un peu de tout cela certainement, mais le plus important est de comprendre ce qui s’y joue. Et comment le basculement vers un nouvel équilibre de l’offre et de la demande est en train de s’opérer à une vitesse qui dépasse les modèles conventionnels, face au pouvoir du client maître de ses choix et de ses principes dans une époque qui bénéficie de la transformation numérique.

Cette histoire d’un financement immobilier qui prend 12 mois au lieu de 3 en moyenne n’est en réalité que le reflet d’une masse de français qui souhaite devenir propriétaire en toute confiance, c’est-à-dire en toute légalité et sérénité. En somme, ces clients souhaitent tout simplement se conformer, à la fois à la réglementation française (en matière bancaire et notamment de protection du consommateur) et à leurs convictions personnelles (la foi et la raison). Peut-on leur reprocher cette démarche qui en pratique impliquerait que la banque ne se rémunère pas sur un prêt d’argent oisif (crédit à intérêt) mais sur une transaction économique, dans ce cadre le fait de posséder la maison avant de la vendre par le biais d’un crédit-vendeur ? Si la différence n’est pas de nature financière (c’est le même coût pour le client) elle l’est tout au moins du point de vue de la responsabilité de la banque, qui doit s’intéresser davantage à l’actif sous-jacent en relation avec le projet du client, ici le bien immobilier ; mais cela pourrait être également le projet d’un entrepreneur et du financement de ses machines, ou de son fonds de commerce, son développement, etc.

L’éthique, ce désir de sens et de faire bien, est ce qui guiderait le nouveau consommateur, enfant de la crise de 2008. Et cela est vrai dans tous les domaines : alimentaires, économiques, socio-éducatifs, etc. Si l’éthique semble être le vecteur du dynamisme du côté de la demande, elle ne semble pourtant pas suffire pour bousculer l’offre, pour la transformer en profondeur et non l’adapter de façon cosmétique pour la rendre bio, verte, halal ou light, en quelques mots des produits packagés et sans âme. Il manque une autre dimension, une dose d’innovation dans la relation entre producteurs et consommateurs. Et cette transformation que permet d’ancrer le numérique en mettant le consommateur dans une position de producteur est déjà en marche.

Si pendant longtemps les sphères institutionnelles et les corporations ont joué un rôle prescriptif central, des communautés de consommateurs, qui échangent et partagent leurs avis et commentaires, contribuent de plus en plus à la définition d’une nouvelle offre animée par l’attachement du consommateur à ses valeurs.

Concrètement, c’est un client impliqué, soucieux du respect de la vérité et de la transparence, que le digital permet de mettre en valeur, et ce grâce aux nouvelles opportunités offertes par internet et les réseaux sociaux. Quelle est la place d’une offre uniquement définie par les institutionnels à l’heure où toutes les informations sont accessibles en ligne, où les discussions se font en temps réel et les tops et les flops suivis à la trace grâce au « tweet, like et share » ?

Le consommateur du 21e siècle, qu’il soit noir ou blanc, qu’il mange bio ou marine, qu’il s’appelle Jean, David ou Rachid, n’a plus le temps de s’attarder sur le pourquoi des blocages de l’offre. Il est dans une démarche de co-construction des éléments d’une offre en réponse à ses besoins et à ses attentes tant en termes de qualité que de service. Et tant pis pour les acteurs de l’offre, notamment les banques, qui n’auront pas compris ces signaux, et attention à celles qui s’aventurent à faire des promesses gratuites sans les tenir, leur réputation en ligne leur échappera très rapidement.

Alors à quoi ressemblera la Mourabaha 2015 ? Et bien tout simplement, il faut l’envisager en mode réseau ouvert sur une plateforme internet, de mise en relation entre clients et acteurs, entre acheteurs de biens immobiliers et financiers. Si certains pensent que ces modèles émergents de place de marché sont des rêves pieux, il suffit de regarder ce qui se passe dans le monde de l’économie collaborative (blablacar, airbnb…) ou de la finance participative encore appelée crowdfunding (ulule, kisskiss, babyloan…). Plus particulièrement dans le monde du financement bancaire, les nouvelles formes de distribution deviennent les plus dynamiques comme Boursorama (plus de 500 000 clients qui font du crédit immobilier entièrement en ligne), ou le compte nickel (qui va vers les 100 000 clients en ouvrant un compte bancaire chez les buralistes en 5 minutes) et encore plus éloquent est ce qui se passe dans la recherche d’un bien immobilier et de son financement qui se réalise désormais à 80% sur internet. Les clients recherchent un bien sur leboncoin ou seloger et peuvent immédiatement faire leur demande de financement en ligne.

Au-delà des nombreux sites de courtier en ligne, c’est le Crédit Agricole qui a tout compris de cette stratégie avec le beau succès de sa filiale e-immo, dédiée au financement direct en ligne : selon le magazine Challenges, c’est 350 000 demandes de crédit pour 2,5 milliards de production réalisée en an tout en gardant ce qui fait le cœur d’une grande banque de réseau, la relation de proximité. En effet, 90% de ceux qui ont souscrit leur crédit via e-immo ont signé leur contrat dans une agence de proximité, et seulement 10 % l’ont finalisé à distance.

On ne peut donc qu’anticiper et souhaiter que le client qui désirera obtenir une Mourabaha à l’avenir commencera sa demande sur une plateforme internet multi-cartes, qui fait jouer la concurrence entre plusieurs banques, et se terminera dans une agence proche de chez lui. Le client sera ainsi au cœur de la construction d’une offre multi-acteurs conforme à ses valeurs et non le spectateur de réflexions institutionnelles sur la nécessité de la naissance d’une offre. Tout l’enjeu est de savoir si cette agence s’appellera « banque française existante », ou « banque nouvel entrant ». Et pourquoi pas provoquer l’émergence d’un réseau 570easi, plus simple non ?

 
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Publié par le décembre 30, 2014 dans crédit-immobilier-islamique, France

 

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Finance Islamique : la Mourabaha, Halal ou Haram ?

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Quelle différence entre la Mourabaha et le Crédit ?

La mourabaha est aujourd’hui le principal outil utilisé par les banques islamiques pour prêter de l’argent à leurs clients particuliers. La mourabaha est un contrat de vente au prix de revient majoré d’une marge bénéficiaire connue et convenue entre l’acheteur et le vendeur. La banque islamique achète le bien (maison, voiture, etc.) au comptant auprès du fournisseur, et le revend à un prix majoré à l’acheteur donneur d’ordre (le client).

Un intérêt déguisé ?

Néanmoins, la marge facturée par la banque islamique au client ressemble tant à l’intérêt que certains estiment qu’il ne s’agit que d’un habillage cosmétique pour duper le client. Là où une banque conventionnelle aurait simplement proposé un intérêt à 5 %, la banque islamique obtient le même résultat à travers un montage commercial d’achat et de revente.

« La pratique de la mourabaha a été très controversée dans les premières années de la finance islamique pour ces raisons. Ce qui rend convenable ce système aux yeux de l’Islam est la prise en charge des risques par la banque lors de l’acquisition de l’objet. Le risque (de perte, de casse etc.) est partagé entre le prêteur et l’emprunteur à différents moments. Le problème est bien sûr quand ce temps de partage des risques est très faible pour le prêteur.

De nos jours, la mourabaha consiste en un temps de détention du bien par la banque de l’ordre de quelques minutes. Dans ce cas, le partage des risques est quasi inexistant et le mécanisme se rapproche considérablement de celui de l’intérêt. »

Mouhammad Patel, expert en finance islamique fondateur du site Finance-Muslim.com, relève cependant des différences fondamentales entre la mourabaha et le crédit.

La Mourabaha est un contrat de vente

La mourabaha est un contrat de vente et non un contrat de prêt. Ainsi, l’organisme financier qui réalise une mourabaha :

• ne remet à son client aucune somme d’argent qui serait à restituer avec des intérêts (intérêts qui constitueraient la rémunération du prêteur).
• vend à son client une chose de nature non monétaire (un bien immobilier, une voiture…) et se rémunère par le biais du profit réalisé entre le prix d’achat de ladite chose et le prix de sa revente au client.

Nul doute que, d’un point de vue comptable et économique, la mourabaha et le prêt à intérêt conduisent à un résultat qui est apparemment similaire. Mais ce n’est pas pour autant que, d’un point de vue juridique, on puisse assimiler ces deux opérations qui ont un objet fondamentalement différent. C’est bien ce qui avait été rappelé par le Coran aux arabes païens de la Mecque lorsque ces derniers avaient comparé la vente (et le profit qui en résulte) et le ribâ (intérêt) : « Dieu a permis la vente et a interdit le ribâ » (sourate 2, verset 275)

L’organisme financier supporte-t-il un quelconque risque dans une mourabaha ?

Il est vrai que, dans les opérations de mourabaha mises en œuvre par les organismes qui proposent des financements conformes au droit musulman, le client signe habituellement une promesse unilatérale d’achat avant même que l’établissement bancaire achète le bien objet du financement.

On considère souvent que cette promesse unilatérale du client a pour effet d’éliminer complètement le risque de l’organisme financier : ce dernier est assuré de revendre le bien acheté quoiqu’il arrive, vu qu’il peut demander en justice une exécution forcée de la promesse faite par le client. Ainsi, toute l’opération ne constituerait plus véritablement un acte de commerce mais serait bien plus proche d’un simple prêt à intérêt.

La précédente analyse n’est cependant pas convaincante pour la simple raison que la seule propriété d’un bien induit nécessairement un risque, qui se manifeste notamment dans les deux situations suivantes :

• s’il arrive que le bien objet de la mourabaha soit détruit entre le moment où l’organisme financier ait fait son acquisition et le moment de sa revente au client, c’est une chose appartenant au financier qui est perdue : la promesse unilatérale du client se retrouve sans objet et celui-ci n’est alors plus tenu d’aucune dette envers l’organisme; en d’autres termes, seul le patrimoine du financier est affecté par cette perte.

• si le client arrive à décéder avant d’avoir pu exécuter sa promesse unilatérale d’achat du bien, ses ayants droit ne sont tenus d’aucune obligation envers l’organisme financier, et ce, même si ce dernier a déjà fait l’acquisition du bien concerné. Il existe donc une différence fondamentale entre la situation juridique issue de la promesse d’achat et celle produite par le contrat de vente lui-même : dans l’éventualité où c’était le contrat de vente qui avait été conclu avant le décès du client, le bien objet de la murabaha aurait fait partie de la succession du défunt, et le paiement de son prix aurait constitué une créance exigible pour l’organisme financier.

Et Mouhammad Patel de conclure : « Wa Allâhou A’lam ! » ;

Mouhammad Patel est spécialiste de l’audit des banques islamiques et des produits de la finance islamique. Il supervise la confirmité à la Charia de plusieurs institutions financières islamiques et préside notamment en France le Sharia Board pour les produits Harmonis de Chaabi Bank, filiale du Groupe Banques Populaires du Maroc.

 
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Publié par le décembre 14, 2014 dans Charia

 

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Chaabi Bank : Acheter un actif immobilier selon les principes de la finance islamique en France

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Filiale de droit français à 100% du groupe Banque Populaire du Maroc, la banque Chaabi du Maroc a été créée en 1972. Présente dans sept pays d’Europe, elle est particulièrement active en France, où elle possède 19 agences qui gèrent les comptes de 14000 clients. Initialement dédiée à la promotion des opérations de collecte et de transfert d’épargne des Marocains du monde vers leur pays d’origine, elle a élargi ses activités depuis les années 90. Interview avec Kacem Ibn Abdeljalil, directeur adjoint marketing et Delphine Roger Chef de projet chez Chaabi Bank.

Depuis quand la Chaabi Bank propose-t-elle des services correspondant aux principes de la finance islamique?

La finance islamique a fait très souvent l’actualité ces dernières années notamment avec la parution des instructions fiscales en août 2010. On peut dire aujourd’hui que le marché est mûr, certaines études de marchés ont révélé un vrai potentiel. Le moment était donc venu, en tant qu’acteur bancaire, de nous lancer.

C’est ainsi qu’en 2011, après une année de mise en place, nous avons  lancé une « islamique window », en devenant la première banque française à commercialiser un compte de dépôt compatible avec les principes et les préceptes de la finance islamique. En 2012, nous avons élargi notre gamme de produits en proposant à nos clients un produit de financement immobilier conforme à l’opération islamique connue sous le nom  « mourabaha ». Nous prévoyons de lancer un compte courant à destination des entreprises et des associations, toujours selon ces principes, au cours du dernier trimestre 2013.

Quelles sont les principales règles de la finance islamique?

Tout d’abord les investissements sont adossés à des actifs ou services réels et « palpable », avec une sélection rigoureuse et précise des secteurs d’activités. Comme vous devez vous en douter, en finance islamique il y a des secteurs d’activités comme l’alcool ou les jeux de hasard, qui sont prohibés.

Par ailleurs, l’argent est un simple moyen d’échange, il ne peut par conséquent, à lui seul, faire l’objet d’un contrat ou être utilisé comme un moyen de réaliser un profit.

La finance islamique se distingue par le fait qu’elle privilégie les investissements participatifs où « prêteur et emprunteur » deviennent partenaires et partagent les risques. Les termes fondamentaux des contrats sont clairement définis sans aucun élément d’incertitude.

Parmi les autres règles, il y a la prohibition de la spéculation excessive et du « commerce » de la dette (une créance ne peut en effet être considérée comme un actif pouvant s’échanger à titre onéreux à l’inverse de ce qui se fait en finance conventionnelle avec les titres obligataires par exemple) ou bien encore l’interdiction de la vente à découvert (on ne peut, en effet, vendre ce qui ne nous appartient pas).

Qu’est-ce que la mourabaha?

Il s’agit plus précisément, pour le sujet qui nous intéresse ici, d’une mourabaha avec ordre d’achat pour financer un bien immobilier. C’est un contrat aux termes duquel un propriétaire vend un actif à un intermédiaire financier – la banque en l’occurrence –  qui le revend ensuite à son client moyennant une marge bénéficiaire, contractuelle, connue au moment de la signature du contrat. Dans la pratique, en France, la banque n’intervient pas dans la négociation du prix d’achat avec le vendeur initial car c’est généralement le client qui identifie le bien et négocie son prix de vente.

Le principe à retenir est que la banque ne peut vendre un produit qu’elle ne possède pas. Dès lors que la banque procède au financement du bien, elle doit d’abord en devenir réellement propriétaire, et donc assumer pleinement les risques inhérents avant la revente finale à son client. C’est cette prise de risque qui lui donne droit à un profit sur l’opération concernée. Une fois la revente effective, la banque transfère la propriété du bien au client final, qui en devient ainsi seul et unique propriétaire.

Est-il possible pour un client qui s’est fait financer son bien de façon conventionnelle de racheter ce premier prêt avec une mourabaha?

Non, car les opérations d’achats de crédit ne sont pas autorisées. Le vendeur et le client ne peuvent donc pas être une seule et même personne dans 2 opérations de mourabaha successives. Cependant, il existe des techniques qui sont compatibles avec le droit musulman et qui permettent un rachat de crédit mais la fiscalité française n’est pas encore adaptée pour ce type de montage (en l’état actuel des choses, l’opération serait trop couteuse pour le client).

Les achats sur plans sont-ils possibles?

Oui, mais pas avec la technique de la Mourabaha dans laquelle le bien doit exister réellement au moment de sa vente. En fait, l’idée principale à retenir est que la finance islamique n’est pas un commerce d’argent mais de biens. Il existe néanmoins des contrats islamiques qui permettent de vendre des biens à construire (donc sur plan), mais nous ne les avons pas encore commercialisés. Ils présentent quelques complexités juridiques d’une part, et d’autre part nous avons déjà une très forte demande pour des biens déjà construits à laquelle il faut faire face. Par conséquent, nous étudierons le financement sur plan dans un plus long terme.

Que se passe-t-il en cas de défaut de paiement?

La banque applique bien évidemment la même procédure pour ce qui concerne les incidents de paiement relatifs au produit « mourabaha » que pour ceux de la finance conventionnelle. Cependant, dans le cadre de la « mourabaha », la banque ne prélève pas d’agios mais exige une indemnité forfaitaire par échéance de retard. Il faut également savoir que sur les sanctions financières payées par le client, seul le coût de traitement de l’impayé est encaissé par la banque, le reste de la somme étant reversé à une œuvre caritative, comme l’exige la finance islamique.

Et en cas de remboursement par anticipation?

Quelle que soit la durée de remboursement, le client paiera le même prix en cas de remboursement anticipé.

En termes de coût, comment se situe la mourabaha par rapport à un emprunt à taux fixe?

Nous nous sommes positionnés de façon à être dans le même ordre de coût que pour la finance conventionnelle.

Qui sont les clients qui souscrivent à une mourabaha?

Il s’agit d’une clientèle jeune, avec une moyenne d’âge de 36 ans. Ce sont en général des primo accédants ayant un apport personnel assez important – environ 36% du programme d’investissement- ce qui est rare en finance conventionnelle. Des clients à forte capacité d’épargne donc, qui s’étaient probablement abstenus d’investir tant qu’ils n’avaient pas trouvé de produit correspondant à leur demande.

Des non-musulmans se sont-ils adressés à vous pour des demandes de mourabaha?

Les principes de la finance islamique sont avant tout des principes Ethique (avec un grand E) et universels.

Chaabi Bank est une banque française traditionnelle ouverte à tous qui a ajouté, à son catalogue, des nouveaux produits. Si ceux-ci ont une spécificité islamique, il n’en reste pas moins qu’ils ne sont absolument pas réservés aux individus de confession musulmane. Bien au contraire, tout le monde peut y souscrire.

Comment faites-vous connaître votre offre?

Nous nous faisons connaître par le tissu associatif et la participation régulière à des conférences sur le thème de la finance islamique. Ensuite, le premier canal d’entrée vers la banque est notre centre téléphonique de relations clients.

© Commerce International www.actu-cci.com

Lire aussi : Chaabi Bank annonce un financement immobilier islamique en France

 
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Publié par le octobre 9, 2013 dans crédit-immobilier-islamique, France

 

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La gestion de liquidité des banques islamiques

IILM International Islamic Liquidity Management Corporation

Par Ali Aït Belhoucine *

Ali Ait Belhoucine est de formation Ingénieur à l’Institut Drexel à Philadelphie. Il est également titulaire d’un double Master en finance des Marchés et Sciences de Gestion ainsi qu’un Executive Master en Finance Islamique de Paris-Dauphine. 

Les banques Islamiques exercent la même activité d’intermédiation que les banques conventionnelles, sauf qu’elles le font avec plus de contraintes.

Le cœur de métier des banques conventionnelles consiste à lever des dépôts à court terme pour les reclasser dans des classes d’actifs à long terme. Cette activité de transformation est accompagnée d’une gestion de la liquidité portant sur la capacité de la banque à capturer des dépôts peu coûteux de façon à maximiser sa marge d’intermédiation. Par ailleurs, ce concept de gestion de liquidité porte sur la capacité de la banque à saisir, rapidement sur le marché, des sources alternatives de cash sans faire trop de réduction sur les prix de ses actifs. Cette fonction essentielle est dévolue à un département spécialisé appelé ‘Asset-Liability Committee’ (1)  reportant directement à la direction générale de l’établissement. 

Les banques dites Islamiques ‘BI’, parce qu’elles reposent dans leurs fonctionnement sur des principes économiques conformes à la Shari’ah, exercent la même activité d’intermédiation que les banques conventionnelles, sauf qu’elles le font avec plus de contraintes. L’incapacité d’accès aux produits de taux associée à une faible disponibilité de produits dérivés ‘Shari’ah compatibles’ compliquent davantage la gestion de liquidité des BI qui reste largement perfectible. Cette situation a un effet sur leurs notations. Ce que les BI gagnent en matière de rentabilité, de financement bon marché, elles tendent à le perdre sur les terrains de la gestion de liquidité et risques de concentration qui demeurent élevés. En effet, l’actif des BI est concentré sur des classes, comme Ijara, caractérisées par une re-tarification trimestrielle facilitant ainsi la protection de leurs marges d’intermédiation. Néanmoins, la Malaisie accuse quelques avancées en matière de structures mises en place pour améliorer la gestion de liquidité des BI. Les plus remarquables sont la mise en place de la plateforme de Trading des CBM (2) en juin 2009 ainsi que la création de l’ IILM International Islamic Liquidity Management Corporation – IILM (3) en octobre 2010. 

Les différentes contraintes opérationnelles auxquelles font face les BI dans leurs opérations de gestion de la liquidité nous conduisent à nous interroger sur le rôle que peuvent jouer des acteurs financiers désintermédiés au sein du paysage financier Islamique. Quelle est précisément leur contribution  à la gestion de liquidité des BI ainsi que leurs valeurs ajoutées dans ce processus de sophistication des instruments de gestion d’Actif-Passif dans sa globalité ?

Notre analyse portera en première partie sur le risque commercial translaté auquel font face les BI, nous aborderons par la suite le risque de liquidité des actifs pour finalement traiter le différentiel de maturité entre les dépôts au passif et les actifs à long terme qui engendre souvent un arbitrage difficile entre la liquidité et la rentabilité.

Risque Commercial Translaté

Les bilans des BI sont caractérisés par une forte liquidité qui peut servir comme coussin de sécurité en cas de conjoncture économique difficile. Néanmoins, ce surplus de liquidité a conduit à une faible gestion actif-passif qui se traduit par un risque de liquidité.  Actuellement, les BI sont très dépendantes des dépôts court terme pour financer leurs actifs long terme. En cas de crise de liquidité, idiosyncrasique ou globale, les banques Islamiques ne disposent pas de grandes marges de manœuvres. Mise à part la réduction des frais du Moudarib(4), puiser dans leurs réserves de cash serait une mesure très risquée. Dans ce cas de figure, elles sont littéralement à un choc près de la faillite. Par ailleurs, l’accès à la liquidité de la banque centrale, prêteur du dernier recours via les repos (5), est considéré comme étant ‘riba-based’ donc interdit par la Shari’ah.

Le principe du partage des profits et des pertes a conduit les BI à créer des comptes PSIA (6) ou l’investisseur est censé en théorie partager les pertes. En pratique, et à cause d’une forte pression commerciale et concurrentielle, les BI sont amenées non seulement à pérenniser les dépôts mais également à faire en sorte à ce que les rémunérations soient stables au cours de la durée de dépôt. Cette opération est effectuée à l’aide de deux mécanismes de comptes de réserves appelés ‘Profit Equalisation Reserve’ (7) et ‘InvestmentRisk Reserve’ (8).  La crainte de voir les déposants retirer leurs fonds a poussé les BI à gérer ce risque au détriment des intérêts des actionnaires. Les fonds Islamiques, peuvent grâce à une offre de mutualisation des pertes, « garantir » les dépôts associés aux PSIA et alléger ainsi les BI de la pression de cette gestion. Cette offre est conditionnée, bien évidemment, à la participation d’un nombre minimum de banques. 

Liquidité des actifs 

L’actif des BI se caractérise par des investissements comme les mousharaka(9), moudaraba(10) ou Sukuks(11) dont les profils de liquidité sont variables.  Les actifs à court terme sont constitués principalement d’instruments Money Market(12) dont la rentabilité reste faible à cause de l’intervention de plusieurs parties tierces, comme les Brokers, et le sous développement du marché interbancaire Islamique. Par ailleurs, ces instruments ne sont pas suffisamment développés pour honorer des transactions de plusieurs milliards de dollars. 

La multiplication des fonds Islamiques constituera, à terme, un marché monétaire permettant la gestion de la liquidité court terme des BI. Les fonds Islamiques peuvent également proposer des parts de fonds et/ou matières premières en contrepartie des actifs peu liquides des BI. Ils peuvent également, dans le cas des mousharaka, proposer l’achat avec marge d’une partie ou la totalité des parts de mousharaka des BI. Ces deux derniers mécanismes permettront aux banques Islamiques de liquider leurs positions dans divers actifs non liquides.

Différentiel de maturité

Autres instruments financiers, comme les dérivés Shari’ah compatible sont rares, chers et toujours en phase de sophistication. La tendance au sein des BI est plutôt vers des solutions moins onéreuses ou souvent moins optimales comme le hedging back to back (13) qui limite la récurrence et la flexibilité. Les fonds Islamiques, grâce à leur appétit pour le risque, peuvent offrir ces instruments sans faire appel à des transactions back to back. 

Par ailleurs, les Sukuks ne peuvent pas être considérés comme étant des instruments ‘fixed income’ efficaces vu leurs manque de liquidité et la dominance des émissions locales. Ces titres risquent de ne pas être éligibles comme sous jacents aux repos avec la banque centrale en cas de crise de liquidité. Il est important de noter ici que l’IIFM (14) a proposé en novembre 2010, un instrument de gestion de liquidité dont la structure intègre une tierce partie. Qualifié de repos Islamique, cet instrument répartit le risque entre les trois parties prenantes dans l’opération.

Enfin, vu leurs appétit pour le risque, les fonds Islamiques sont de potentiels investisseurs dans les Sukuks à moyenne ou faible notation émis par les BI.

La théorie macroéconomique met en évidence que tout marché rentable attire de nouveaux entrants.  Avec l’intensification de la concurrence au sein de la sphère financière Islamique, il n’est pas certain que les BI continueront à afficher de grandes marges d’intermédiation.  Par ailleurs, la récente crise financière a révélé que les surplus de liquidité des BI sont utilisés pour faire face à leurs premiers besoins et honorer les demandes de retrait des déposants.  Dans une telle conjoncture, les BI se retrouvent confrontées à des choix assez binaire portant soit sur l’émission de Sukuk ou la fusion avec d’autres contreparties plus fortes. Nonobstant, l’investissement dans des classes d’actifs plus innovantes reste la condition sine qua non pour la réussite de la gestion de liquidité des BI.

Lexique :

  1. Asset-Liability Committee : Département en charge du suivi de la gestion Actif-Passif ainsi que de la liquidité de la banque. 
  2. Plateforme de Trading des ‘Commodity based Mourabaha’ qui utilise l’huile de palme comme sous jacent aux opérations à maturité courte terme. Elle a été initiée en juin 2009 par la bourse de Malaisie (Bursa Malaysia). 
  3. IIILM : Le ‘International Islamic Liquidity Management Corporation’ est un organisme international à vocation de faciliter la gestion de liquidité transfrontalière au sein de l’industrie financière Islamique. 
  4. Moudarib fees : Commission de gestion dite du Mourarib.
  5. Repos : les ‘Repurchase Agreement’ sont des instruments de gestion de liquidité qui permettent aux banques de se procurer de la liquidité auprès de la banque centrale ou d’un autre établissement bancaire. Il s’agit plus précisément d’un emprunt, court terme, ayant comme collatéral des titres bien notés. 
  6. PSIA : Les ‘Profit Sharing InvestmentAccount’ constituent des comptes d’investissements, court à moyen terme, que les banques Islamiques mettent à la disposition des investisseurs. Ces derniers partagent non seulement les profits générés avec la banque, mais également les pertes. 
  7. Profit Equalization Reserve Account : Les réserves de péréquation des résultats.
  8. InvestmentRisk Reserve Account : Les réserves pour risques d’investissement.
  9. Mousharaka : Contrat via lequel, un établissement de crédit, une personnalité physique ou morale prend des parts dans le capital d’une société existante ou en cours de création. Les deux parties participent aux pertes à la hauteur de leur participation et aux profits selon un prorata bien déterminé.
  10. Moudaraba : Contrat via lequel un investisseur (banque, personne physique ou morale) fournit des capitaux à un entrepreneur qui apporte son savoir faire métier pour la réalisation d’un projet.  En cas de perte, l’investisseur est responsable des pertes dans la limite des montants investis. L’investisseur perçoit un pourcentage des bénéfices en plus du remboursement du capital sur la durée.
  11. Sukuks : Certificats d’investissement donnant, aux investisseurs, un droit de propriété ou d’usufruit sur un ou plusieurs actifs sous jacent.  Elles sont de maturités fixées à l’émission et exposent les investisseurs à un risque de crédit et/ou de sous jacents.
  12. Money Market : Instruments financiers négociables à court terme maturité. Ils sont utilisés par les acteurs du  marché pour placer ou se procurer de la liquidité à court terme.
  13. Hedging back to back : Technique qui consiste à gérer le risque d’une position (exemple : Position short sur un contrat Islamique) par une opération inverse avec une autre contrepartie.
  14. IIFM: ‘International Islamic Financial Market’ est un organisme de standardisation au service de l’industrie financière Islamique.
 
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Publié par le juillet 10, 2012 dans Liquidité

 

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