Pour une synergie des banques participatives dans le digital

Le secrétaire d’Etat chargé de l’Investissement auprès du ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie numérique a récemment ouvert un débat en ligne sous le hashtag #digitalfikra afin de recueillir des idées susceptibles de contribuer à l’élaboration de la feuille de route de l’Agence de développement du digital créée par la Loi 61-16.

Le secrétaire d’Etat chargé de l’Investissement auprès du ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie numérique a récemment ouvert un débat en ligne sous le hashtag #digitalfikra afin de recueillir des idées susceptibles de contribuer à l’élaboration de la feuille de route de l’Agence de développement du digital créée par la Loi 61-16.

RIBH a pris part au débat en suggérant la création par les banques participatives d’un comité digital fédérant leurs efforts Fintech pour que ces banques soient la locomotive de la digitalisation du commerce et de l’économie.

De création très récente, les banques participatives disposent en effet de la taille optimale, de l’agilité et du dynamisme humain requis pour pleinement assumer ce rôle.

#digitalfikra ribh

La structure de ce comité pourrait revêtir plusieurs formes allant d’une simple commission de coordination à la création d’un groupement d’intérêt économique (GIE) ou de startups en joint-venture.

Il serait à ce titre intéressant de s’inspirer du projet ALGO récemment initié par plusieurs banques islamiques du CCG en l’adaptant au contexte national.

Nous présentons ci-après la synthèse d’une interview riche d’enseignements accordée le 30 novembre 2017 par Ashar Nazim, Managing Director d’ALGO et de Finocracy Bahrain, Ex-responsable mondial des services bancaires islamiques chez EY. 

La Fintech ne se limite pas aux startups innovantes ou dites «disruptives», c’est une catégorie plus large qui façonne clairement l’avenir des services financiers. La Fintech pour la finance islamique est-elle différente et pourquoi est-elle significative?

La définition officielle de Fintech est toujours en évolution. Concrètement, il s’agit de modèles d’affaires innovants dans le secteur des services financiers qui bouleversent complètement la façon dont les affaires ont été menées depuis des générations. Cela implique de nouveaux modèles de revenus et de structures de coûts. Tout cela est rendu possible grâce à une gamme de technologies futuristes et l’empreinte numérique des individus et des entreprises. Le mythe est que la Fintech est essentiellement affaire de technologie. En réalité, le plus difficile c’est de pouvoir relier les points dans l’écosystème numérique de vos clients, pour fournir une valeur qui est ensuite également récompensée par le marché.

La Fintech est plus pertinente et plus urgente pour les banques islamiques pour 3 raisons.

Premièrement, le marché dans lequel les banques islamiques opèrent est principalement situé dans les marchés émergents où l’accès aux services financiers est encore limité et où les modèles Fintech créent maintenant l’opportunité d’atteindre de nouveaux segments de population.

Deuxièmement, pour la première fois dans l’histoire de l’industrie de la finance islamique, nous assistons à un net ralentissement de la croissance des actifs et des dépôts dans les banques islamiques. Ainsi, les voies d’affaires traditionnelles se tarissent et le seul moyen de relancer cette croissance est d’adopter de nouvelles manières d’engager la clientèle à travers différentes solutions Fintech.

Enfin, les banques islamiques n’ont jamais pu faire jeu égal étant donné qu’elles étaient plus petites et que les nouveaux acteurs étaient en concurrence avec leurs ainés conventionnels. La Fintech offre une occasion unique pour les banques islamiques de rivaliser d’égal à égal. C’est une opportunité fantastique de mettre la barre plus haut et de justifier leur raison d’être. Dans cinq ans, soit les banques islamiques auront comblé l’écart de taille par rapport aux banques conventionnelles, ou elles auront été disruptées pour de bon. L’inaction n’est pas une option.

Quels sont, selon vous, à ce propos les principaux défis auxquels les institutions financières islamiques seront confrontées ?

Il y a 4 défis spécifiques qui sont assez communs dans l’industrie et j’aimerais les souligner.

Le premier est le niveau de sensibilisation en ce qui concerne les solutions Fintech. Les banques islamiques sont relativement petites et locales, et leur connectivité avec l’écosystème mondial des technologies financières reste limitée. Donc, le premier défi consiste à créer un niveau de sensibilisation et de connectivité globale avec ce nouvel écosystème Fintech.

Le deuxième défi auquel les banques islamiques sont confrontées est le coût très élevé de la recherche et du développement en ce qui concerne l’identification, la conception et l’opérationnalisation des solutions Fintech. Le pool de talent et de financement auxquelles les banques islamiques ont accès est relativement modeste par rapport à leurs pairs conventionnels. A un niveau holistique, les budgets de R & D manquent et, de manière réaliste, il est trop coûteux pour les banques d’essayer individuellement.

Un troisième facteur est encore le manque d’expertise en matière de mise en œuvre. Je parlais à une banque et ils se plaignaient d’un portefeuille numérique (digital wallet) dont le lancement n’aurait pas du prendre plus de 4 à 6 mois, mais qui a nécessité environ 18 mois et en fin de compte la réponse du marché a été inférieure aux attentes. L’industrie doit être plus créative quant à la façon dont elle va acquérir ces compétences.

Enfin, ce que nous appelons la rampe de lancement pour des plates-formes Fintech, fait défaut. Comment vous adaptez-vous à la vitesse et à l’échelle requises pour la disruption et comment trouver de nouveaux business modèles?

Nous devons construire cette rampe. Nous devons créer des institutions qui permettent aux innovations de venir sur le marché et les orienter afin qu’elles puissent gagner ou échouer rapidement. Vous avez besoin de professionnels expérimentés pour vous aider à relier ces points.

Quels sont les différents secteurs qui sont impactés par la FinTech et comment va-t-elle changer fondamentalement la mobilisation des dépôts dans les temps à venir ?

Vous savez que les banques islamiques opèrent dans les marchés émergents et sont principalement axées sur les consommateurs et les entreprises de type PME. Ce sont aussi les domaines les plus touchés par les entreprises Fintech, de manière générale. Un domaine très intéressant qui devient de plus en plus un sujet de discussion est la banque de dépôts.

La banque de dépôts est une activité en voie de disparition dans son format actuel. Et la raison en est l’incursion de Google, Apple, Facebook et Amazon sur ce marché. Cela a complètement réinitialisé les attentes des consommateurs et exige un changement fondamental des mentalités chez les banques islamiques quand elles parlent de servir ces consommateurs, soit en termes d’acquisition ou de rétention. Les technologies financières futuristes ne sont qu’un outil pour aider à mettre en œuvre cette nouvelle mentalité. Les questions les plus fondamentales pour les banques sont autour de l’objectif, du modèle de décision et de la fidélité des clients.

À des fins d’existence, pendant très longtemps, les banques se sont contentées de fournir deux services de base aux clients : la garde de leurs fonds et l’obtention de rendements nominaux. Ce n’est plus suffisant. Les clients sont devenus plus exigeants sur la façon dont leurs fonds bloqués ou courants sont utilisés par la banque, et de l’impact de ces fonds pour la communauté locale. Le modèle d’affaires actuel des banques n’intègre pas cet état d’esprit, et elles n’ont pas le cadre pour répondre à cette attente.

Les consommateurs préfèrent désormais des relations personnalisées offrant un accès continu ou à la demande à une couche de service supplémentaire distincte de la fourniture sous-jacente du produit de dépôt pour mériter leur confiance et leur part de portefeuille de dépôt.

Ensuite, sur la fidélité, l’écosystème numérique signifie que les consommateurs ont plus d’options et un accès facile à une variété de produits de dépôt. Ils font confiance à cet écosystème et sont prêts à changer de fournisseur plus volontiers. Beaucoup de clients sont prêts à changer de banque pour une relation « digital first ». C’est important. Déjà, les acteurs des services non financiers rognent sur la part du portefeuille de dépôts de l’industrie bancaire.

Les banques doivent se réveiller à cette réalité. Il faut un nouvel état d’esprit qui fasse appel aux besoins de style de vie émotionnel et numérique des consommateurs et, par conséquent, un tout nouveau modèle d’engagement. Cela signifie également que les consommateurs s’attendent de plus en plus à ce que les marques, y compris les banques islamiques, aient non seulement des avantages fonctionnels mais aussi un objectif social. Les banques doivent démontrer l’impact qu’elles produisent de par leur activité et comment elles influent sur la vie des clients et sur les économies au sein desquelles elles exercent.

Très peu de banques islamiques sont aujourd’hui ce que nous appelons des natifs sociaux, c’est-à-dire ayant des modèles économiques et des produits et services profondément ancrés dans un objectif social. Beaucoup d’entre elles sont ce que nous appelons des immigrants à finalité sociale. Ce sont des banques islamiques qui se sont développées sans stratégie sociale bien définie mais qui cherchent maintenant à en trouver une.

L’essentiel est que les produits resteront des produits, mais le modèle d’engagement et l’expérience des consommateurs que les banques fournissent doivent être repensés en fonction de leur raison d’être. Et cela demande de la clarté en termes de mentalité, qui doit venir du sommet.

Les banques islamiques sont-elles bien positionnées pour faire face à la révolution Fintech?

Il est pratiquement impossible pour les banques islamiques de prendre à leur compte le tsunami de business modèles, de structures de revenus et de coûts des 25 000 Fintech qui se dirigent vers elles. Vous avez besoin d’une approche multi-volets. À une extrémité du spectre, les banques doivent continuer à améliorer progressivement leurs offres existantes et à un rythme plus rapide. Sur la même note, l’industrie doit se réunir pour construire ensemble de nouvelles propositions. La voie à suivre est la collaboration. Des efforts isolés ne parviendront pas à fournir la rapidité et l’ampleur de l’adoption des technologies financières requises pour que les banques islamiques restent pertinentes.

Cependant, grâce à une approche collaborative, avec quelques banques islamiques se réunissant pour rechercher, innover et commercialiser des initiatives Fintech, cela peut être fait de manière beaucoup plus rentable et rapide.

Syndication : RIBH, le Journal de la Finance Participative

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