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Finance islamique au Maroc : entre conciliations politiques et défis économiques

05 Oct

Par Mohammed El Haitamy
Expert en microfinance – Manager de projet en finance islamique

mohammedelhaitamy@yahoo.fr

Un apaisement des opinions semble régner avec la publication du projet de loi sur la banque participative. De prime abord, on est tenté de penser que le texte constitue une avancée indéniable par rapport à la circulaire des produits alternatifs. Cependant, les interrogations subsistent et les défis s’annoncent laborieux. Le texte répond t-il aux attentes du public ? Comporte t-il des leviers de développement économique et social du pays ? Apporte t-il une réponse aux besoins de financement de l’économie marocaine et des finances publiques ?

Absence de cadre fédérateur et manque de visibilité

Le texte publié manque de visibilité globale, notamment sur les instruments, les composants et les modalités générales de son implémentation. Il ne donne pas de l’assurance quant à l’avenir de la finance islamique au Maroc. Trois constats majeurs à relever.

  • Le projet s’est contenté de traiter un seul segment de l’industrie de la finance islamique qui est la banque. Il a passé sous silence un certain nombre de questions inhérentes à l’activité bancaire abordée ;
  • Le manque de clarté, des imprécisions et des généralités ont marqué certaines parties du texte ;
  • Les associations de microcrédit sont exclues du champ d’intervention des instruments de la banque participative. Ce qui soulève la question si les exclus n’ont pas droit à une finance dite inclusive.

La confiance requise dans le monde des affaires et le lancement réussi d’une telle industrie requièrent de la visibilité et de la clarté. Bien qu’il soit annoncé dans le texte que des décrets et des circulaires suivront pour définir les modalités d’application, un minimum de précisions dans la loi reste inévitable.

Pas de leviers de financement de l’économie

L’introduction de la finance islamique à travers le texte proposé pourrait bien répondre à des attentes de financement de consommation (au sens large). En revanche, ce schéma n’apportera pas de réponse aux besoins structurels de financement productif de l’économie. Il ne permettra pas de créer une nouvelle dynamique des affaires, ni de donner un nouveau souffle à l’entreprise et par delà à l’emploi et au développement économique.

Les outils de mobilisation des fonds d’envergure pour les besoins des finances publiques font défaut dans le texte. De même pour ceux de l’inclusion financière. Le projet en question ne répond non plus à la demande massive de la population qui aspire accéder aux services de financement compatibles avec la sharia. Ceci tant que le produit d’assurance islamique n’est pas évoqué.

Cadre global requis

L’expérience passée des produits alternatifs, montre bien qu’il nous faut un cadre fédérateur, clair et bien défini pour une meilleure lancée. Il devra tenir compte notamment des sociétés d’investissement, des fonds d’investissement, de l’assurance takaful, de la microfinance, des sukuks, des autres instruments de financement non traités par le projet comme le Salam et l’Istisna…

Il est sensé aborder les aspects de reporting, de la comptabilité, des risques, des structures organisationnelles en charge de la finance islamique dans les établissements financiers. Le texte devra aussi apporter des précisions quant aux profils des membres des comités sharia dont les compétences en ingénierie financière restent indispensables.

Responsabilité politique ou technique

Le contexte international nous impose des difficultés économiques inévitables, mais aussi des opportunités qu’il faut nécessairement saisir. La finance islamique en est une …

La mission du gouvernement est de veiller à un meilleur devenir économique et social des citoyens. La finance islamique comporte plusieurs véhicules et leviers qui pourraient contribuer à y parvenir. Pour ce faire, un cadre favorable et clair est une condition sine qua non pour en tirer le meilleur profit. Ce n’est pas de notre intérêt de l’hypothéquer par des sensibilités politiques, des positions figées et des tiraillements entre instances politiques et instances techniques.

Article initialement publié sur Finance News Hebdo

 
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Publié par le octobre 5, 2012 dans Maroc

 

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