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Tariq Krim, Fondateur de Netvibes : La crise va faire exploser les modèles économiques traditionnels de l’informatique

26 Avr

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Malgré son jeune âge (36 ans), Tariq Krim fait partie des francophones les plus célèbres dans l’univers de l’Internet. En 2005 il lance Netvibes, un service qui permet à l’utilisateur d’assembler sur une seule page l’ensemble de ses sources et services Internet: sites et blogs préférés, emails, réseaux sociaux. En moins de 3 ans, le service est devenu l’un des services les plus emblématiques du web 2.0 en Europe. S’appuyant sur sa communauté d’utilisateurs, netvibes est utilisé dans 190 pays. Depuis sa création plus de 50 millions de pages ont été crées dans 76 langues. Plus de 1000 marques, médias et célébrités utilisent netvibes pour distribuer leurs contenus. Netvibes possède des bureaux à Paris, Londres et San Francisco.

Ingénieur de formation et journaliste à ses heures, Tariq Krim est le protagoniste d’une des plus belles success story de ces dernières années. Très tôt, il comprend les possibilités d’Internet et écrit pour La Tribune un article visionnaire sur la musique en ligne deux ans avant l’épopée Napster, réseau de Peer-to-Peer, qui démocratisa le concept auprès du grand public. Du journalisme à l’entreprenariat, il n’y a qu’un pas qu’il franchit allégrement en 1999 en créant MPTrois.com (l’actuel generationMP3.com). Ce premier échec financier n’entame pas les ressources de Tariq Krim qui crée en 2005 Netvibes. Le portail est un immense succès et son auteur ne tarde pas à rejoindre le hall of fame du Web 2.0 (terme apparu à partir de 2004 et qui qualifie l’émergence de sites web dotés d’un contenu plus dynamique et interactif).  Extraits d’une interview accordée en février dernier par Tariq Krim au Figaro, en marge du World Economic Forum de Davos.

Comment les entreprises du secteur des nouvelles technologies traversent-elles la crise économique ?

Elles la subissent de plein fouet. On compte déjà des dizaines de milliers d’emplois touchés. Le financement des start-up est affecté par le fait que les investisseurs sont eux même fragilisés par le « crédit crunch ». J’ai eu l’occasion de parler avec plusieurs conseillers d’Obama sur ces questions et je pense que le plan de relance de la nouvelle administration américaine est très ambitieux et pourrait permettre de renforcer durablement l’économie high-tech américaine. En attendant la reprise, certains pays comme l’Angleterre vont supporter leur industrie high-tech. Je pense que c’est au niveau européen que l’on doit trouver rapidement des solutions. Les start-up européennes ne bénéficient déjà pas en temps normal de l’attention qu’elles méritent, hors ce sont elles qui construisent l’avenir. Il faut absolument les aider.

Vous souhaiteriez par exemple que la France adopte le même discours ?

Bien sur, j’ai le sentiment qu’on sous estime ce qui se passe ainsi que les conséquences pour notre pays. Ceci n’est pas une crise classique, c’est une crise transformationnelle qui va balayer un certain nombre d’acteurs qui n’auront plus aucune valeur ajoutée dans le monde de demain. Je ne saurais dire quand l’économie repartira, mais une chose est sûre, quand le moteur repartira les choix qui ont été faits dans les deux années à venir définiront les taux de croissance de notre pays. Obama a fait le pari d’une économie verte et d’installer une infrastructure haut débit digne de ce nom. En France, nous avons déjà une bonne infrastructure de haut débit, malheureusement nous n’avons qu’une industrie de l’internet très locale avec très peu de succès mondiaux. Et une volonté de protéger la presse papier plutôt que de financer uniquement la numérisation de cette dernière. Il faut en France un plan de relance plus ambitieux que celui des Etats-Unis, qui reconnaissent à la fois nos succès mais qui analysent avec honnêteté nos manques cruels dans les services internet et les stratégies en ligne des grands groupes.

Quels sont les besoins des entreprises dans votre secteur ?

Il y a quatre ans, nous étions quatre sociétés française du web 2.0 à pouvoir devenir des société de type Google ou Facebook. Aujourd’hui ces sociétés restent de tailles moyenne et sont fragilisées par la crise. Cette crise devrait être une opportunité de réfléchir aux raisons qui ont fait que nous n’avons pas de multinationale centrée sur l’activité web issue de France.

Les start-up ont besoin de capital à tout niveau de leur développement pour atteindre leurs ambitions mondiales. Aujourd’hui, on finit toujours par vendre aux grosses sociétés américaines. La crise de crédit touche tout le monde y compris les petites et moyennes entreprises. Aujourd’hui est probablement le meilleur moment pour lancer une société dans l’internet. J’espère voir émerger des milliers de start-up en France qui seront le catalyseur du changement dans ce pays. C’est aussi pour cela que j’ai rejoint en tant qu’associé le fond d’investissement ISAI qui investit sur des projets qui démarrent.

Que devient Netvibes dont vous avez quitté la direction l’année dernière ?

Netvibes poursuit son développement et propose désormais son expertise et sa technologie à de grandes marques. La société a annoncé qu’elle serait à l’équilibre d’ici à la fin de l’année. Dans le cadre d’une stratégie plus orienté vers le B2B, j’ai préféré laisser les commandes de la société dont je suis toujours actionnaire.

Ce ne sont donc pas uniquement ses revenus publicitaires qui financent Netvibes ?

Netvibes continue de faire une partie de ses revenus avec sa plate-forme publicitaire, mais cela demande du temps. L’une des leçons que je retiens c’est que l’innovation dans les médias et l’internet est souvent liée à une nouvelle forme de distribution et de création d’audience mais également à une création originale de revenus publicitaires. Si vous modifiez de manière durable ces modèles, vous captez alors une grande partie des revenus, comme c’est le cas pour Google.

A quoi ressemble votre nouvelle vie et surtout quels sont vos projets ?

Depuis que j’ai quitté Netvibes, j’ai passé beaucoup de temps à voyager et à consulter des amis ou participer à des colloques. Je travaille*1 sur un projet de système d’exploitation gratuit pour cette nouvelle génération de portable ultra low-cost (moins de 400 euros). Nous en dirons plus dans les prochains mois mais c’est le projet le plus ambitieux sur lequel j’ai eu l’occasion de travailler à ce jour. C’est aussi le plus excitant car cette crise et la maturité des services internet va faire exploser les modèles économiques traditionnels de l’informatique et du logiciel.

* Dans l’univers internet, Netvibes est ce qu’on appelle un agrégateur de contenus. Il permet à l’internaute de rassembler sur une seule page web, personnalisable, l’ensemble des flux d’informations venant de ses sites favoris. L’intérêt étant notamment d’avoir un aperçu rapide des nouvelles informations disponible sur ces sites, sans avoir à les visiter un par un.

*1 Tariq Krim a pour cela fondé une société : JoliCloud.

Lire aussi :
Tariq Krim, le nouveau gourou du Web (Le Monde)

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Publié par le avril 26, 2009 dans International

 

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