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L’Ile Maurice à la conquête des pétrodollars

02 Mar

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Maurice, Port Louis – Dr Salma Sairally spécialiste en banque & finance islamiques

Comment se porte la promotion des services financiers islamiques ?

L’amendement à la Banking Act 2004, en août 2007, est un des premiers jalons posés en vue de lancer les services financiers islamiques à Maurice. D’après ces amendements, les banques conventionnelles peuvent offrir des produits financiers islamiques à leurs clients à travers des fenêtres islamiques (Islamic windows). Ils prévoient également la mise sur pied des banques islamiques qui se spécialisent exclusivement dans des services financiers islamiques. Un autre pas important a été franchi. La Banque de Maurice a été admise comme membre de l’Islamic Financial Services Board (IFSB). Cette instance internationale qui est basée en Malaisie est responsable de la supervision et la régulation des institutions financières islamiques à travers le monde.

Avez-vous une idée comment ce secteur sera régi à Maurice ?

La régulation des opérateurs est impérative pour s’assurer qu’ils opèrent dans le cadre légal du pays. Dans ce contexte, au début de février, la Banque de Maurice a émis des directives importantes concernant la pratique des finances islamiques par les banques commerciales intéressées à fournir ces services. Ces directives serviront de guide sur le modus operandi de l’Islamic Banking Business.

Quelles sont les grandes lignes de ces directives ?

Le capital minimal pour se lancer dans les finances islamiques a été fixé à Rs 200 millions ou son équivalence en devises étrangères. Chaque banque devra développer un système de bonne gouvernance qui se reflètera dans sa gestion et son mode d’opération. La publication des comptes doit être faite d’après le Guideline on Public Disclosure of Information, publié par la Banque de Maurice. La banque centrale demande aux banques commerciales de fournir, à travers des notes explicatives, les détails sur les activités spécifiques des finances islamiques. Il est à noter que l’Accounting and Auditing Organisation for Islamic Financial Institutions (AAOIFI) a déjà émis des normes sur la comptabilité, la vérification des comptes, la bonne gouvernance, la Shari’ah, et un code d’éthique. En somme, les opérations bancaires doivent être conformes aux principes islamiques.

Comment ?

Les banques doivent mettre sur pied un Shari’ah Advisory Board qui comprend un minimum de trois membres. Ou elles doivent employer un conseiller en loi islamique (Shari’ah Advisor). La responsabilité de ce comité sera de valider les produits et services financiers offerts par la banque. Il examinera les procédures bancaires pour s’assurer qu’elles soient en accord avec la Shari’ah.

Par ailleurs, les banques opérant des fenêtres islamiques doivent avoir des fonds séparés. Elles doivent également garder des comptes distinctes des transactions conventionnelles. Ces dispositions ont pour but de donner l’assurance aux clients que les principes de la Shari’ah ont été respectés. Qui plus est, une structure d’audit interne et externe des comptes doit être créée. En principe, les auditeurs doivent s’assurer que toutes les transactions sont conformes à la Shari’ah. Ils doivent également vérifier l’efficacité de la séparation des fonds par les banques opérant des fenêtres islamiques.

Comment ce nouveau concept est-il vulgarisé ?

La conscientisation du public et des operateurs financiers va se poursuivre pour permettre une meilleure compréhension de ce système. Tout a commencé avec le Sommet des finances islamiques, organisé par Team Synthesis en collaboration avec le Board of Investment (BOI). Du 12 au 14 décembre 2007 à l’hôtel la Plantation, de nombreux intervenants de renom international ont abordé des sujets aussi complexes qu’intéressants. Trois aspects importants ont été abordés, notamment le Sukuk (certificat investissement islamique), le Takaful (l’assurance islamique) et l’Islamic Banking (le secteur bancaire islamique). Tout comme des sujets aussi importants que l’application des normes de comptabilité et d’audit par les institutions financiers islamiques et le corporate governance. Parmi les intervenants étrangers figuraient l’ancien Managing Director de la Bank Islam Malaysia Berhad (Dato Ahmad Tajudin Abdul Rahman), l’ancien Managing Director de Syarikat Takaful Malaysia Berhad (Dato Mohd Fadzli Yusof) et le Chief Executive Officer de la First Community Bank du Kenya – la toute première banque du Kenya devenant opérationnelle dès cette année – (M. Nathif J. Adam). Des intervenants mauriciens ont aussi aidé à contextualiser différents sujets sur les finances islamiques d’après l’environnement local. Par exemple, la microfinance islamique, l’Islamic housing mortgage, le cadre légal et régulateur.

Quel sera le thème de l’atelier de travail prévu la semaine prochaine ?

Team Synthesis organise, du 6 au 7 mars prochain, à l’hôtel la Pirogue, un atelier de travail sur un thème très important. Il s’agit du Sukuk – comprenez, par là, un certificat d’investissement islamique. Les sukuks sont des obligations conformes à la Shari’ah, généralement émises par des fonds communs de créances pour le compte d’un originateur d’actifs (souverain, corporate, et plus récemment bancaire). Le marché de sukuks le plus développé est la Malaisie. Les sukuks peuvent être garantis ou non garantis par l’originateur. Les sukuks garantis sont le plus souvent des obligations non subordonnées de l’émetteur, tandis que les sukuks non garantis sont traités comme des transactions de titrisation islamique. Dans tous les cas, ce sont de puissants instruments de (re)financement. Il y a en théorie 14 manières connues de structurer des sukuks. Les plus répandues sont : sukuk al ijara (à partir de contrats de leasing), sukuk al musharaka (fondés sur des contrats de co-propriété)et sukuk al mudharaba (fondés sur des contrats de gestion de sous-jacent).

Est-ce aussi une façon d’attirer les finances arabes ?

Effectivement. Les pays du Golfe disposent de beaucoup de fonds de financement. Ils ne financent des projets que d’après le système islamique. Cet atelier de travail va préparer nos hommes d’affaires à aller à la conquête des pétrodollars.

Dr Salma Sairally, interview by Eshan Dinally

Le Défi Média Group (Maurice) 02/03/2008

 
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Publié par le mars 2, 2008 dans Maurice

 

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