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Zoubaïr Ben Terdeyet fondateur du premier cabinet de finance islamique en France

27 Fév

Isla-Invest Consulting organise le 1er Forum africain de la Finance Islamique – Casablanca 2 et 3 avril 2008

logo_forum_africain1.gifzoubair-ben-terdeyet136.jpg   Zoubaïr Ben Terdeyet

Il court, il court, Zoubaïr Ben Terdeyet, et pas facile de l’attraper, normal, ce jeune consultant en banque et en assurance, fondateur de Isla-Invest Consulting (premier cabinet de la Finance Islamique en France) vient de faire la couverture du Times magazine et ne ménage pas sa peine pour préparer le premier Forum africain de la Finance Islamique, les 2 et 3 avril 2008 à Casablanca, au Maroc. Interview.

Zoubair Ben Terdeyet, français et musulman, est le PDG d’Isla-Invest Consulting, la première société Française de conseil en investissements financiers et immobiliers conformes aux principes de la Sharia. Créée en 2004, Isla-Invest Consulting a pour mission de répondre aux besoins croissants des musulmans de France à la recherche d’opportunités d’investissements halal. Diplômé de l’université de Paris X (Nanterre), Zoubair Ben Terdeyet a fait carrière dans diverses institutions bancaires, notamment à l’UBS-global Asset management, puis chez Aareal Bank France, banque de financement immobilier. En poste à UBS, maison mère de Noriba bank, fleuron du système financier islamique, il s’est interrogé sur le besoin de conseils conformes à l’éthique musulmane et a commencé à se documenter sur les questions d’éthique dans les milieux financiers. Une démarche qui le conduira au final à créer sa propre société.

Afrik.com : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la finance islamique ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Il s’agit d’un système financier qui s’appuie essentiellement sur la Sharia, ensemble de lois et de règles qui régissent en Islam la vie économique, sociale et politique. Les principes de base de la finance islamique sont l’interdiction de l’intérêt (Riba), de la spéculation (Gharar), de l’incertitude (Mayssir) et du financement des activités illicites dites Haram tel que l’alcool, le tabac, le porc, les jeux de hasard, l’armement, etc. En finance islamique, on met en avant la notion de partage des risques et des profits. La valeur travail est également très importante. Il existe plusieurs instruments de financement qui se rapprochent des diverses structures juridiques que nous connaissons en Occident. Ces instruments sont, par exemple, la Moudaraba, Moucharaka, Murabaha, Ijara ou Bei’Salam dont vous trouverez facilement les définitions sur notre site internet.

Afrik.com : Aujourd’hui on parle beaucoup de la Finance Islamique, quelles sont les raisons de cet essor ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : La finance islamique moderne existe depuis trente ans mais connaît un réel essor depuis quelques années seulement, en partie, à cause de l’envolée du prix du pétrole brut. Son développement est considérable au Moyen orient, en Malaisie et au Pakistan et de plus en plus en Afrique. Une autre explication plausible est le renouveau de la pratique religieuse, les monarchies du Golfe auraient pu se contenter de placer à nouveau leurs pétrodollars dans le système conventionnel comme cela avait été le cas durant les années 70.

Afrik.com : Comment expliquez-vous le retard de la France en la matière ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Les musulmans de France n’étaient demandeur de tels produits car ils en ignoraient tout simplement l’existence. Originaire en majorité du Maghreb et d’Afrique de l’ouest, cette population n’a jamais connu de système financier islamique dans leur pays d’origine. Ce qui n’est pas le cas des musulmans de Grande Bretagne, d’origine pakistanaise, bangladeshi et du Golfe. La nouvelle génération de franco-musulmans est par contre plus au fait. L’ouverture de l’Islamic Bank of Britain en 2004, en Angleterre, à démontré qu’il pouvait exister une alternative au système classique. L’offre aurait pu créer la demande, mais les banques françaises ont du mal à quantifier l’importance de ce marché et ne veulent se risquer à proposer des produits qu’on pourrait qualifier de « communautaires » et dans ce cas, entrer dans des débats sans fin… Quant aux banquiers du Moyen Orient, ils sont intéressés par le potentiel d’un tel marché (on estime au moins à 6 millions le nombre de musulmans), mais la réglementation française et tous les amalgames qui sont fait autour de l’Islam, ne les encouragent guère à venir.

Afrik.com : Pourquoi avoir choisi le Maroc, pour le 1er Forum africain de la Finance Islamique ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Le Maroc attire les capitaux du Moyen Orient depuis quelques années avec le souhait pour certain d’entre eux de procéder à des financements Sharia. Le royaume chérifien est donc au fait de ces techniques. Bank Al Maghreb, qui est la banque centrale du pays, est même allée plus loin en autorisant la commercialisation au grand public de produits alternatifs qui sont des produits respectueux de la Sharia. Pour des raisons pratiques, on peut dire que géographiquement, le Maroc est idéalement bien situé car il est au croissement du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, avec une desserte sur Casablanca de très bonne qualité et des infrastructures hôtelière permettant d’accueillir beaucoup de monde.

Afrik.com : Quelles sont vos attentes vis-à-vis de ce forum ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Nous voulons faire de ce forum un événement incontournable de la finance islamique sur le continent africain. Nous espérons une forte participation de la part des différents acteurs de la finance avec un soutien de la part des autorités publiques. Nous avons déjà des sponsors prestigieux qui nous font confiances ainsi que des partenaires de renom. L’objectif de ce forum sera de répondre à plusieurs interrogations : Quels sont les principes de la finance Islamiques ? Chiffres clés et fonctionnement ? Quelles opportunités pour l’Afrique ? Quels sont les métiers et les produits existants ? Quels sont les défis de la finance islamique en Afrique ? Réunir en un même lieu et au même moment les acteurs du marché, permettra de favoriser les échanges dans le but de réaliser également des affaires.

Journal les Afriques : Pour en revenir à l’organisation du forum islamique à Casablanca, quels sont vos objectifs en terme de visiteurs, exposants, etc ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Nous espérons atteindre au minimum 150 participants pour une première édition. Nos avons plusieurs partenaires et sponsors qui tiendront des stands. Des grands noms du monde des affaires nous font déjà confiance, tels que Tradition, Eversheld, KPMG ou Deloitte. Mais il est important que les acteurs africains se positionnent aujourd’hui sur une industrie qui arrivera à maturité plus vite qu’on ne le croit. Il ne faut pas faire la même erreur que la France, qui aujourd’hui se voit même devancée par le Japon, en passe d’émettre un Sukuk souverain ! Ce forum se veut à la fois pédagogique, à travers des sessions de formation qui seront animés par des intervenants reconnu pour le compétence et leur savoir faire… et à la fois un lieu de rencontre, propice aux échanges. Ce type d’événement, offre une visibilité qui vous permet d’être en contact direct avec vos clients et prospects ainsi que vos partenaires. Vous rencontrez ainsi les décideurs de la finance occidentale et africaine en un même lieu, au même moment, il s’agit d’une plateforme de networking et de marketing à une échelle panafricaine. Les institutions publiques ainsi que les étudiants sont également les bienvenus. Nous faisons un pari sur l’avenir et cette première édition n’est que la première d’une longue série de forums avec le souhait de l’organiser dans un pays différent chaque année.

Afrik.com : Il s’est tenu à Paris, en décembre dernier, un forum de la finance islamique, qu’en est-il sorti ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Malheureusement, pas grand-chose pour le grand public si telle est votre question. La mise en place d’une banque islamique ou la commercialisation de produits respectueux de la Sharia dans une banque classique, mettra du temps. Nous avons pris un grand retard par rapport aux anglo-saxons. Il est question de mettre en place certaines dispositions fiscales afin de rendre la place de Paris beaucoup plus accueillante pour les capitaux du Moyent Orient afin de permettre l’émission de Sukuk, la création de fonds de Private Equity ou d’Immobilier. Ma seule crainte est de voir les autorités publiques se concentrer sur les pétrodollars et oublier la population musulmane en France qui sollicite de plus en plus ce type de produits. Il y a aujourd’hui l’émergence d’une vraie classe moyenne musulmane en Europe qui aspire à accéder à la propriété et faire fructifier son épargne tout en respectant ses valeurs, il est dommage que cette demande ne soit pas encore prise en compte.

Jounal les Afriques : Pensez-vous qu’il y ait un potentiel de développement des produits islamiques au Maghreb et en Afrique en général ?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Oui, clairement. Notre continent est souvent à la traîne et il est vrai que nous ne sommes pas toujours au fait des nouvelles techniques financières, mais nous avons réellement une carte à jouer. Les actifs africains sont le plus souvent respectueux de la sharia car le continent est très riches en matières premières comme le pétrole, le gaz, les minerais, le cacao… Et il y a de forts besoins en infrastructures, donc de belles opportunités en termes de financement de projet et de private equity pour les fonds privées du Moyen Orient ou d’Occident. Les banques islamiques sont constamment à la recherche d’opportunités d’investissements, il s’agit là, d’une source de financement non négligeable pour un continent en pleine expansion, avec des profits plus que confortables sur certaines activités, mais un risque bien plus élevé. Aujourd’hui, les principaux bailleurs de fonds au Maghreb sont les pays du Golfe, or ces derniers sont le plus souvent enclins à utiliser des tranches islamiques lors du financement de leur projet. On le voit par exemple en Tunisie à travers l’investissement de GFH dans un centre d’affaire pour plus de 3 milliards de dollars.

Journal les Afriques : Le débat se pose aujourd’hui sur la difficulté de fiscaliser les produits islamiques dans des pays à tradition de banque classique comme le Maroc et la Tunisie. Quelle est l’approche utilisée par les pays occidentaux pour régler ce problème?

Zoubaïr Ben Terdeyet : Comme très souvent, Paris est à la traîne, loin derrière la City. Gordon Brown, a clairement affirmé sa volonté de faire de la City, la capitale mondiale de la finance islamique. Pour cela, le gouvernement britannique a procédé à plusieurs aménagements de la loi. En 2003, il y a eu, réforme du Stamp Duty Land Tax, qui met fin à la double imposition à l’occasion du double transfert de propriété impliqué par la Murabaha et l’Ijara. En 2005, dans le financial act, on permet aux banques de traiter la plus value dégagée par la banque dans une Murabaha comme un intérêt donc déductible fiscalement pour l’acheteur du bien. Autre mesure importante, dans le financial act 2007, le rendement payé aux porteurs de sukuk est traité fiscalement comme un intérêt. Il est donc déductible fiscalement par l’émetteur. En France, aucun aménagement n’est prêt, mais il faut souligner des efforts avec, notamment, l’approbation par l’Autorité des marchés financiers des OPCVM islamiques à travers une note du 17 Juillet 2007 qui énonce le fait qu’un OPCVM peut utiliser dorénavant des critères autres que financiers pour sélectionner les titres, en incluant expressément les OPCVM se prévalant de la conformité à la Sharia. Le Danemark vient d’autoriser la première banque islamique sur son territoire pour le mois de mars, j’imagine que des aménagements ont eu lieu.

Pour plus d’informations, consultez les sites :

Forum africain de la finance islamique

Isla-Invest Consulting

Par Nadia Hathroubi-Safsaf  pour Afrik.com & A.W pour le Journal les Afriques

Syndication : RIBH

 
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Publié par le février 27, 2008 dans Afrique - Africa, France

 

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