Les produits « alternatifs » proposés par les banques marocaines sont ils halal ?

Dans un article publié sur son blog en date du 7 octobre 2007 M. Bassem Khlaf critique avec force le concept de banque halal tel qu’il a été mis en place au Maroc. Vous trouverez ci-après le texte cet article intitulé « La banque « halal »… la grande hypocrisie », suivi d’un commentaire de RIBH, l’Observatoire de la finance halal.
« La banque « halal »… la grande hypocrisie »

Dans une économie de marché, il est tout à fait normal que les acteurs financiers, en l’occurrence les banques s’adaptent à la demande du public. Comme il est du devoir de l’Etat d’adapter les lois pour faciliter et assurer au marché un fonctionnement qui garantira l’épanouissement et la concurrence loyale entre toutes ses composantes.

Ce n’est donc pas, une quelconque obligation religieuse qui est derrière la décision d’autorisation des services bancaires « halal » par Bank Al Maghrib, mais plutôt son devoir d’organiser et de développer le secteur financier. Et ce n’est pas non plus le souci moral qui a poussé les banques à commercialiser ces services, mais certainement leur instinct naturel à diversifier leurs offres, à gagner des parts de marché et à faire des profits.

Donc, comme vous l’avez bien compris, ce n’est ni à l’Etat, ni aux Banques de dénoncer cette mascarade, qui s’appelle « services halal ». C’est à la société, et aux intellectuels que revient la tache de mettre à nu une mentalité de bricolage, chère à des pseudo Oulémas, qui ne font que perpétuer l’ignorance des ères de décadence, et agissent en ralentisseur de tout effort de rationalisation des comportements, sans laquelle aucune modernisation et émancipation de la société n’est  possible.

En disant banque « halal » ou services « halal », cela sous entends que les autres services ne le sont pas. Que tous les utilisateurs des services bancaires « normaux » baignent dans l’illicite. De quoi s’agit il exactement ? Quelle différence y a-t-il entre un service bancaire « halal » et un autre « haram» ? Les spécialistes du Fiqh nous disent que toute transaction usurière est illicite. La finalité de l’interdiction de l’usure est double. C’est d’une part encourager le travail et faire partager les risques de perte entre tous les acteurs économiques. Et d’autre part limiter l’enrichissement  des minorités aisées sur le dos des majorités moins aisées.

Remarquons tout d’abord, que l’usure, n’est pas exactement les intérêts bancaires qui ne dépassent pas au pire des cas les vingt pour cent  par an du capital. Alors que l’usure comme c’est inscrit dans le saint coran, c’est plusieurs fois le capital. Ne s’attardant pas sur cette question, qui est de toute façon sujette à polémique. Ce n’est pas sur le terrain du Fiqh, qu’on veut discuter cette aberration. On ne conteste ni le « halal » de l’Ijara, la Moucharaka et la Mourabaha. Ni le « haram » du leasing, du capital investissement et du crédit à la consommation. On va juste les comparer, et voir en quoi, ils différent, les uns des autres…

La Mourabaha est un contrat de vente au prix de revient majoré d’une marge bénéficiaire connue et convenue entre l’acheteur et le vendeur. Un client d’une banque donnée, souhaite acheter une marchandise, un téléviseur par exemple. Il fait la tournée des magasins. Il  décide d’en acheter un qui coûte dix mille dirhams. Il demande au responsable du magasin de lui faire une facture au nom de la banque. Muni de cette facture notre client, va voir son banquier pour un crédit, pardon pour un financement de dix mille dirhams. Le banquier après étude du dossier, établira un chèque de dix mille dirhams au nom du fournisseur, et fait signer son client dix billets à ordre, payable mensuellement dont le montant de chacune est de mille cinquante dirhams. Cette transaction, qui a permis à un client d’une banque d’acheter un téléviseur dont la valeur marchande est de dix mille dirhams, qu’il a lui-même choisi et négocier le prix à un coût total de dix mille cinq cent dirhams payable par tranche égale sur dix mois. Le surcoût, supporté par le client s’appelle gain (Ribh) pour la banque. Cette même opération, dans tous ses détails, qu’on qualifie de Mourabaha, et par conséquent « halal », deviendra usure (Ribaa) donc « haram »  juste en établissant la facture au nom du client et non pas au nom de la banque. Le coût supporté par le client est le même. Le risque couru par la banque est le même. L’échéancier des règlements est le même. Le gain de la banque est le même, juste le nom change. Ribh d’un coté, Ribaa de l’autre. Juste un jeu de mot qui fait basculer un acte licite en un acte illicite.

Une banque dite islamique a poussé le ridicule jusqu’au point de calquer ses brochures publicitaires sur celles qu’utilisent les banques « non islamiques », en changeant le mot « crédit » par « financement ». Pire elle a mis sur le net un programme pour faire des simulations. Pour calculer le montant des échéances mensuelles à payer en fonction du capital financé et la durée de remboursement.

Comment accepter l’appellation « halal » donnée à un service bancaire qui ne diffère du « haram » que par un tour de passe-passe vocabulaire… Proposer un ancien produit sous une nouvelle appellation, c’est de la tromperie tout simplement.

Bassem Khlaf      http://bassemkhlaf.space-blogs.com

Commentaire :
Il est très probable que la décision de Bank Al Maghrib de proposer des produits financiers alternatifs « conformes à la Charia » ne s’inscrit pas dans un brusque sursaut de religiosité. D’ailleurs, le Conseil Supérieur  des Oulémas  n’a été consulté qu’une fois la décision de Bank Al Maghrib annoncée et se trouve bien embarrassé de se prononcer devant un fait accompli. La motivation de Bank Al Maghrib est plutôt à rechercher dans un souci d’améliorer le taux de bancarisation d’une portion importante de la population marocaines qui refuse de recourir aux crédits usuraires. Accessoirement cette décision s’explique aussi par une volonté d’adapter l’environnement financier marocain aux attentes de gros investisseurs du Golfe, voire de prendre de vitesse le PJD (parti d’inspiration islamique) en le privant de l’un de ses thèmes de campagne électorale.
Les intérêts bancaires sont assimilables à l’usure (riba)… de l’avis unanime des savants religieux islamiques ; si l’on exclut quelques mercenaires de la fatwa dont le Mufti d’Al Azhar en Egypte qui est allé jusqu’à fournir une fatwa sur mesure au gouvernement français appuyant l’interdiction du hijab dans les lycées français ! De nombreuses banques islamiques utilisent un taux d’intérêt en tant que benchmark pour déterminer leur marge contractuelle, sans pour autant que ce taux d’intérêt ne soit un élément constitutif de la transaction ; ceci explique pourquoi beaucoup de crédits islamiques ont un coût quasi identique aux crédits conventionnels même si l’approche et les termes du contrat sont radicalement différents.
Passer d’un système financier 100% haram – issu de plusieurs siècles de pratique financière usuraire mondiale – à un système financier islamique moderne prendra du temps et ne se fera pas sans ajustements, débats et créativité  (ijtihad). Il faut faire preuve d’indulgence et adopter une approche progressive vis à vis d’un système financier islamique à peine naissant qui cherche encore ses repères : agir d’abord, rectifier ensuite s’il y a lieu mais ne pas rester inactif à la recherche du parfait.
RIBH, l’Observatoire de la finance halal

Un commentaire

  1. salamo 3alikom;
    Je veux revenir sur le détail de l’opération « mourabaha » telle qu’elle est décrite par M. Bassem Khlaf.
    Malgré les similitudes qui existent , de première vue, entre mourabaha et le crédit « classique », il convient de signaler l’existence de quelques nuances qui permettent de distinguer mourabaha et la rendre ainsi licite:
    1. le fait que c’est la banque qui achète le bien (téléviseur dans votre exemple) et en devient le propriétaire. la 2 ème étape consiste au fait qu’elle le revent au client final,
    Le fait que la banque devient propriétaire à un moment donné fait la différence en se référent à un hadith du Prophète qui interdit de vendre un bien dont on est pas propriétaire.
    Cette première condition est nécéssaire, mais elle n’est pas suffisante.
    2. Il faut obligatoirement que le client final puisse négocier avec sa banque le montant du gain (la marge de la banque) et l’opération devient ainsi une opération de vente normale licite par texte coranique : Dieu a rendu licite la vente et a interdit l’usure »
    wallahoa3alm.

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