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Finance islamique : une palette de produits et de services en pleine expansion

18 Déc

Les activités de finance islamique, encore émergentes, sont en forte croissance et en pleine diversification. Ces opérations doivent se conformer à cinq principes : « L’interdiction de l’intérêt (riba, terme qui désigne à la fois l’intérêt et l’usure) ; le partage des profits et des pertes ; l’interdiction de l’incertitude (« gharar » et donc de la spéculation) ; l’existence d’un actif sous-jacent (une opération financière doit reposer sur des biens réels) » et « l’interdiction des actifs illicites » comme « l’armement, le tabac, les jeux d’argent et toute entreprise dont le levier financier (taux d’endettement) serait considéré comme excessif », expliquent les spécialistes de Standard & Poor’s dans un dossier sur la finance islamique publié en avril.

Compte tenu de ces règles, un certain nombre de techniques financières spécifiques ont été mises en place et peuvent être combinées pour créer des comptes d’épargne, investir dans l’immobilier, les matières premières ou les financements d’avions, où il existerait un fort potentiel.

Des fonds investis en actions conformes aux principes de la charia se sont aussi multipliés ces dernières années, à la suite de la création par les sociétés Standard & Poor’s et Dow Jones d’indices de valeurs islamiques. Le premier fonds commun de placement (FCP) islamique arrivé en France, l’Easy ETF DJ Islamic Market Titans 100, est proposé depuis cette année par BNP Paribas. Il investit dans un indice islamique excluant « les valeurs d’entreprises liées à l’alcool, aux produits à base de porc, aux services financiers conventionnels, aux activités de divertissement, au tabac et aux armes. Les valeurs doivent respecter des ratios financiers précis : pas de niveaux inacceptables d’endettement ou de revenus d’intérêts impurs », précise un document de présentation. La conformité du FCP est notamment contrôlée par « le Fund’s Sharia Supervisory Committee de l’entité islamique de BNP Paribas, composé de spécialistes de la Sharia de Bahrein, d’Arabie saoudite et de Malaisie ». Jusqu’à 10 % des revenus du FCP sont reversés à l’Institut du monde arabe afin de « purifier » la partie du dividende considérée comme impure au regard de la charia, par exemple parce que les sociétés dans lesquelles le fonds a investi auraient dépassé le degré acceptable d’endettement (33 % de la capitalisation boursière, selon les critères du FCP). En effet, une des caractéristiques de la finance islamique est de pratiquer le don (zakat).

Ce FCP a été agréé par l’Autorité des marchés financiers (AMF) en décembre 2006. L’AMF a précisé, dans une note de juillet – « Critères extra financiers de sélection de titres : cas des OPCVM se déclarant conformes à la loi islamique » -, les conditions de la conformité de ces produits à la réglementation française, notamment l’autonomie de la société de gestion par rapport au conseil de surveillance dans ses choix d’investissement, et le respect de la législation et de la réglementation dans les critères de sélection des titres : « C’est ainsi que des critères qui seraient fondés sur la considération de la race ou de la religion des dirigeants des entreprises ne sauraient être admis, car contraires à des principes d’ordre public », rappelle l’AMF.

Un des marchés jugés les plus prometteurs par les banques est celui des sukuk, des obligations islamiques qui ne sont pas des titres de dette, mais des titres de propriété de l’actif financé, permettant de bénéficier de paiements réguliers et de recouvrer le capital investi. Leur montant est estimé à une centaine de milliards de dollars dans le monde, dont 20 % à 25 % seraient cotés, en premier lieu à Dubaï puis à Londres. Dubai Ports World a notamment émis en 2006 une sukuk de 3,5 milliards de dollars, qui a contribué à financer le rachat du groupe P & O. Le Land allemand de Saxe Anhalt a déjà émis pour 100 millions d’euros de sukuk en juillet 2004 et de telles émissions sont à l’étude au Japon ou au Royaume-Uni.

Le marché de l’assurance et de la réassurance islamiques (takaful et re-takaful) est aussi considéré comme à fort potentiel, même s’il est évalué pour l’heure entre 2 et 5 milliards de dollars. L’assurance traditionnelle, qui relie le gain de la compagnie à une incertitude, ne correspond pas aux principes islamiques. La takaful, elle, est très proche des principes du mutualisme et de son partage des risques entre sociétaires.

La finance islamique gagne même des activités comme les produits dérivés ou les hedge funds (fonds spéculatifs), ce qui paraissait impensable à de nombreux experts il y a quelques années. Le groupe de conseil en investissements islamiques américain Sharia Capital a annoncé en septembre la création, avec la banque Barclay’s, d’Al Safi Trust, une plate-forme d’investissement dans des hedge funds.

Face à un tel foisonnement et aux différentes interprétations de la charia, l’harmonisation des produits et des principes comptables reste un chantier important. Il manque par ailleurs de spécialistes, malgré la création fin 2006 du diplôme Islamic Finance Qualification par l’Ecole supérieure des affaires de Beyrouth, en partenariat avec le Securities & Investment Institute de Londres.

Adrien de Tricornot – Le Monde Economie 17/12/2007

 
2 Commentaires

Publié par le décembre 18, 2007 dans A la une, International

 

2 réponses à “Finance islamique : une palette de produits et de services en pleine expansion

  1. manou

    septembre 12, 2012 at 4:36

    Si seulement la finance islamique pouvait s’imposer on n’aurait plus de problème de crise.

     
  2. Abdoul Aziz NANA

    septembre 27, 2010 at 5:02

    Impressionnant!

     

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