RSS

Une éthique de la finance : pour une économie islamique

05 Juin

La finance islamique est désormais une discipline moderne, à parfaire selon les spécificités et réalités de chaque pays européen. Le premier colloque, à Bruxelles, du Cercle d’Etudes et de Recherches en Economie Islamique (CEREI), en date du 27 mai 2007, a souligné une pratique bancaire en pleine croissance. Cet événement publique avait pour intitulé « La Finance Halal, à quand la Belgique et l’Europe ? ».

Ce colloque a réuni plusieurs intervenants tel que Mohamed Boulif président de la société Al Maalya,  Cheikh Tahar Mahdi membre du Centre Européen de la Fatwa, Farrukh Raza directeur commercial de la société financière Islamic Bank of Britain, Mohammed Dini directeur général de la banque néerlandaise Bilaa Riba, Fehmy Saddy banquier d’affaires et promoteur du projet Tayssir Bank , ainsi que deux membres du CEREI Bouslham Damiri et Imane Karich.

La finance halal : une cosmétique des mots ? « …

Et Dieu interdit l’intérêt mais autorisa le commerce… ». La mise en exergue du rôle de l’argent, dans ce verset, semble pour le moins centrale. Le capital est perçu ici comme unité de mesure et moyen d’échange. Ce texte stipule dès lors une prohibition sans détour de l’intérêt usuraire.

Or, une polémique anime cette pratique bancaire. La critique ouverte à l’égard des protagonistes de la finance islamique dénonce l’artifice d’une telle activité. « Il n’y a pas d’hypocrisie dans le système islamique. La législation s’adapte à la nécessité des individus » déclare le président d’Al Maalya. Et pour cause, au niveau de la jurisprudence islamique, la finance halal s’insère dans la vaste sphère des mou’amalat. Ce dernier poursuit en prenant un cas de figure explicite afin d’étancher sa soif, l’individu est amené à emprunter une voie permise islamiquement en se désaltérant avec de l’eau ou en buvant un liquide alcoolisé.

Dans le cas de l’économie islamique, la différence se situe au niveau de l’utilisation du produit. En effet, la finance halal s’insère dans une éthique de l’achat. L’alcool, la pornographie, les casinos y sont bannis pour faire place à des préoccupations environnementales par exemple.

Ce système islamique se fonde non pas sur l’artifice monétaire mais sur des actifs réels et tangibles. Le principe général de cette pratique bancaire basé sur des valeurs islamiques exclut le procédé de l’intérêt usuraire et de l’exploitation des plus démunis. Ce système privilégie le remboursement vers le particulier car quelque soit le résultat de l’opération les risques sont partagés.

Enfin, des indications concernant plusieurs modalités de prêts en service au Canada, en Grande-Bretagne, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est furent mises en exergue. L’outil de la finance islamique le plus couramment utilisé en Occident correspond à celui de la mousharaka. Ce contrat prend diverses formes d’élaboration et concerne deux personnes ou plus. La répartition des pertes et des profits se traduit par la protection du client ainsi que par la préservation de la relation de confiance entre le particulier et la banque.

De la Grande Bretagne…

Londres, l’une des plaques tournantes de la finance mondiale, abrite l’Islamic Bank of Britain (IBB). Né en mai 2004, cette première banque à la fois européenne et islamique bénéficie d’un lobbying mené par de puissantes associations sur le plan socio-politique et économique telles que Muslim Council of Britain ou Islam Foundation. L’IBB bénéficie du soutien indéniable des autorités britanniques. Ce gouvernement contribue au développement de la finance islamique. Comme le soulignait l’ancien ministre des Finances, Gordon Brow : « Pour faire de la Grande-Bretagne la porte d’entrée en Europe du commerce islamique, il est nécessaire de faire de Londres le centre des finances islamiques ». Cette première banque islamique européenne compte aujourd’hui plus de 3800 clients musulmans, non-musulmans et détient un taux de croissance annuel global de 15% ainsi qu’un réseau de 8 agences dans les 4 grandes villes de Grande-Bretagne : Londres, Birmingham, Leicester et Manchester.

… à l’Europe continentale ?

Si l’expérience britannique a sans nul doute déjà fait ses preuves, les législations et les réalités sociales en Europe diffèrent d’un pays à l’autre. A ce jour, il n’existe pas encore de banque islamique en Belgique. Toutefois, plusieurs jalons en ce sens furent posés tels que la formation d’imams à propos de la finance islamique et du développement moderne du fiqh. Un séminaire fut dispensé à cet effet par le Sheikh Nizam Yaquby au Centre islamique de Bruxelles en février 2007 Sheikh Nizam Yaquby est conseiller auprès de HSBC Amanah, à la banque islamique d’Abu Dhabi, du Bahrein et autres).

Par ailleurs, un véritable travail de sensibilisation est mis en place auprès des autorités financières et des médias belges. Enfin, des contacts furent noués avec l’Association Belge des Banques, avec la commission Bancaire, Financière et des Assurances (CBFA) ainsi qu’avec le Ministère des Finances.

Les autorités belges restent persuadées qu’il n’existe pas de réelle demande. Or, les citoyens de confession musulmane constituent un poids démographique important à saisir. Afin d’objectiver de manière précise cette demande, les défis majeurs qu’incombe donc à un organe d’avenir tel que le CEREI devra mener un travail d’enquête plus détaillée, basée sur une méthodologie encore plus efficace d’une part et une étude de la tendance du marché hypothécaire islamique d’autre part.

Les populations musulmanes européennes dénotent sans conteste d’une pleine croissance démographique. La constatation, selon laquelle la demande des prêts sans intérêt usuraire semble importante, reste cependant à affiner. Cette précision ne s’effectuera sans un éveil plus prononcé des citoyens eux-mêmes à la pratique bancaire islamique.

Par Malae Ben Azzuz.Wafin.be, le 05/06/2007

Notes

Le CEREI est une association fédérant à Bruxelles des professionnels et universitaires qui entend répondre à une demande exponentielle de prêts islamiquement acceptables. Du reste, l’objectif majeur de cet organe s’insère dans une promotion de « l’éthique et [de] l’économie islamique tant dans le monde académique que professionnel ». Voir www.cerei.net

Al Maalya est une compagnie de services qui s’insère dans le développement d’alternatives financières licites en Europe. Pour plus d’informations: www.almaalya.net

 
1 commentaire

Publié par le juin 5, 2007 dans Belgique

 

Une réponse à “Une éthique de la finance : pour une économie islamique

  1. Nour-Eddine

    août 3, 2007 at 10:48

    Bismillahi Rahmani Rahim
    C’est un plaisir de voir qu’il existe une activité et non des moindres autour de ce sujet. La population musulmane est en attente de tels projets. Mais il est vrai qu’ils ne se font pas entendre. Beaucoup cèdent à la tentation et à cause du manque de solution, en soucrivant des crédits appliquant l’intérêt usuraire. Mais beaucoup d’autres, et c’est une majorité silencieuse, attendent avec impatience des solutions intégrant le respect des lois islamiques. Reste à faire connaitre nos désirs. La sensibilisation des autorités et la mobilisation des musulmans et ceux qui ce sentent concerné restent la priorité. Qu’Allah facilite les choses et aide les leaders dans cette noble démarche.

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s