RSS

Les banques marocaines adoptent les produits islamiques

18 Jan

C’est une information particulièrement importante, édifiante même dans les conditions actuelles, que M. Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib, livre en exclusivité à La Nouvelle Tribune dans l’entretien que nous reproduisons en pages suivantes. En effet, dans les toutes prochaines semaines, les banques marocaines, de concert, seront habilitées à offrir à leur clientèle des «produits alternatifs», c’est-à-dire des produits bancaires «halal», respectant spécifiquement les règles de la Chariâa islamique !

Le Groupement Professionnel des Banques au Maroc et la Banque centrale y travaillent, ensemble, depuis plus d’une année et, selon M. Jouahri lui-même, une réunion imminente du Comité des Établissements de Crédits, placé sous sa présidence, devrait finaliser les diverses procédures et modalités de la commercialisation des produits bancaires «alternatifs», (adjectif désignant donc officiellement les produits «islamiques»). À quelques mois des élections législatives, cette innovation majeure dans la démarche des banques commerciales au Maroc ne passera pas inaperçue et devrait être analysée sous plusieurs angles. La commercialisation de produits bancaires répondant aux convictions de citoyens qui refusent d’entrer dans les circuits «classiques» de type occidental est assurément une réponse à des attentes et des demandes clairement exprimées depuis plusieurs années dans notre pays, notamment à travers la tribune parlementaire, par voie de presse, tandis que la pression extérieure, relayée par le canal de certaines chaînes satellitaires, se faisait de plus en plus forte.

D’une pierre, plusieurs coups…

On rappellera, à ce sujet, la forte polémique suscitée par le prédicateur d’origine égyptienne, Youssef El Kardaoui, qui avait considéré que les Marocains qui contractaient des crédits pour l’acquisition de logements pouvaient être assimilés à des étrangers du fait de la nature du système bancaire marocain. Cette «consultation», qui avait fait la Une d’Attajdid, porte-parole non-officiel du PJD, avait entraîné une réaction » musclée» des Oulémas nationaux qui récusèrent l’ingérence de ce prédicateur installé au Qatar…

On rappellera également un colloque conjointement organisé, durant l’année 2005, à quelques mois de l’entrée en vigueur de la Loi bancaire, par le Parti de la Justice et du Développement et Forces Citoyennes d’Abderrahim Lahjouji, sur «le financement participatif et la réforme du système bancaire marocain». Cette manifestation avait notamment vu la participation d’un «expert» américain (tiens, tiens), d’origine jordanienne, M. Moudir Kahf, qui s’était efforcé, pour l’occasion, de «réconcilier l’éthique et le commercial par le biais de la banque alternative».

Et, last, but not least, on évoquera les nombreuses demandes du businessman Miloud Chaabi en faveur de la création (sous son égide, bien sûr) d’une banque islamique marocaine, restées jusqu’à ce jour sans suite. Il est donc particulièrement évident qu’en développant toute une panoplie de produits islamiques, et notamment les plus connus d’entre eux tels «ijara», «moussahama», «mourabaha», qui seront proposés dans tous les établissements bancaires du pays, les autorités publiques coupent radicalement l’herbe sous les pieds du seul parti politique qui faisait de cette exigence l’une de ses revendications principales. Le PJD se voit ainsi privé de toute exploitation politicienne, populiste et démagogique d’une revendication incontestablement partagée aujourd’hui par nombre de nos concitoyens.

Mais la dimension interne n’est certainement pas la seule qui a joué dans la concrétisation de cette revendication. En effet, depuis plusieurs mois, les «pétro dinars, pétrodollars ou pétro rials» arrivent par milliards dans notre pays, en provenance du Golfe arabe. Ils sont essentiellement orientés vers des projets conséquents de développement infrastructurel, immobiliers, autoroutiers, touristiques ou d’aménagement du territoire. L’actuelle relance économique, incontestablement, doit beaucoup à cet afflux de devises fortes et il s’est avéré utile, sinon nécessaire, de faire droit à certaines «demandes» de ces investisseurs qui souhaitaient, sinon que le Maroc favorise l’implantation de leurs banques «islamiques», (c’est l’appellation officielle de plusieurs d’entre elles), du moins que leurs fonds soient régis par des règles conformes à leurs propres pratiques bancaires.

Plutôt que de leur opposer une fin de non-recevoir, comme cela vient de se passer tout récemment en Algérie qui a rejeté une demande d’établissement d’une banque islamique originaire de Dubaï, les autorités marocaines ont adopté une attitude aussi souple que réaliste. En mettant en avant la condition que tout octroi d’une autorisation devait être accompagné d’un projet industriel par la banque requérante et en mettant à la disposition des investisseurs arabes des produits islamiques «locaux», le Maroc ferme la porte à une redoutable concurrence potentielle de banques extrêmement puissantes. Celles-ci auraient pu déstabiliser gravement le système bancaire national. Les autorités nationales ont donc préféré accorder partiellement satisfaction aux responsables politiques d’Etats amis, invitant dans la foulée, les «banquiers islamiques» à se rapprocher de leurs homologues locaux pour examiner les perspectives d’éventuels rapprochements capitalistiques ou de partenariats…

En Occident et chez les MRE

Mais les pressions externes ou la demande intérieure ne sont pas les seules raisons qui ont milité en faveur de cette importante et nouvelle donne pour le système bancaire national. En effet, outre le souci de développer, par ce biais, la bancarisation du pays grâce à l’attrait exercé auprès de populations réticentes envers les pratiques bancaires classiques, l’exemple du développement rapide des banques alternatives en Europe occidentale, aux USA, voire en Afrique (sans oublier le Golfe, la Malaisie ou l’Indonésie) a servi d’incitation majeure au GPBM et à Bank Al-Maghrib.

Après l’Islamic Bank of Britain, IBB, installée à Londres en septembre 2004, d’autres établissements bancaires ont vu le jour sur le Vieux Continent, notamment en Suisse (voir encadré), alors que Fortis en Belgique et la Société Générale ( pour sa filiale égyptienne) s’intéressent fortement à de tels projets. En France également, où le marché marché du «halal» est globalement en pleine expansion, la présence de cinq millions de Musulmans incite les associations, les compagnies d’assurances, les banques et les promoteurs immobiliers à proposer des produits spécifiques, explicitement dédiés à ceux qui refusent la «riba».

C’est donc pour offrir, concomitamment ou par anticipation, à nos centaines de milliers de compatriotes résidant Europe, les mêmes opportunités de placement, d’épargne ou de crédit que le système bancaire national s’est impliqué dans ce processus en bannissant, pour l’occasion, l’intérêt usuraire au profit (sic !) de la notion de partage des risques, notamment pour les prêts bancaires.

L’arrivée des produits alternatifs, qui ne saurait tarder donc, représentera ainsi une innovation majeure dans le système de financement de l’économie grâce à l’implication des banques marocaines qui, pour l’occasion et tel M. Jourdain, auront accompli, à quelques mois des élections législatives, une démarche hautement politique, sans le savoir ou, plutôt, sans le dire explicitement !

Fahd Yata – La Nouvelle Tribune 18/1/2007
 
1 commentaire

Publié par le janvier 18, 2007 dans Maroc

 

Une réponse à “Les banques marocaines adoptent les produits islamiques

  1. louis patou

    février 18, 2010 at 1:31

    j’attends avec impatience l’ouverture d’une branche de la banque islamique au Maroc. s’il vous plait informez moi s’il y a une ou des ouvertures… merci

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s