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Respecter l’esprit et la lettre du Coran

04 Août

Le secteur financier islamique attire sans cesse des économistes spécialisés dans l’élaboration de nouveaux produits. Loin de tout paradoxe ou engouement passager, la finance islamique est là pour durer et va connaître un formidable essor, confie Ahmad Salam, responsable Finance islamique de la division Investment Banking à Londres.

 Marcus Balogh: Depuis quand le Crédit Suisse s’intéresse-t-il à la finance islamique et au développement de produits conformes à la charia ?

Ahmad Salam: Dans la logique d’une attention croissante portée au Moyen-Orient, la finance islamique fait partie de la stratégie que nous mettons en oeuvre pour poursuivre notre expansion sur les marchés émergents les plus porteurs. Nous avons en effet identifié très tôt l’énorme potentiel de cette région. Le Crédit Suisse a su exploiter les attentes des investisseurs des pays du Golfe, qui devenaient de plus en plus nombreux à vouloir placer leur argent ailleurs qu’aux Etats-Unis et en Europe occidentale. C’était il y a à peu près deux ans. Nous avons alors décidé de créer une équipe exclusivement dédiée à ce secteur, qui se compose de cinq personnes: ici à Londres et à Zurich et bientôt à Dubaï. Nous mettons peu à peu en place nos activités et jouissons d’ores et déjà d’un positionnement fort sur le marché de la gestion de fortune, grâce notamment à de fréquentes opérations exécutées pour des clients clés. Nous pensons que ce secteur offre encore une grosse marge de progression et qu’il deviendra l’élément central de notre stratégie au Moyen-Orient.

 Que cache cet intérêt pour des investissements conformes à l’islam et à la charia ?Le regain d’intérêt pour les produits financiers conformes à la charia tire son origine d’une prise de conscience accrue des différences culturelles entre l’Occident et les pays islamiques suite aux événements du 11 septembre. Dans ces circonstances, nombre de musulmans se sont mis à étudier les enseignements du Coran, notamment pour ce qui est de la finance islamique. Ils ont donné naissance à une seconde génération d’investisseurs et de chefs d’entreprises plus conscients que leurs aînés des différentes façons de faire des affaires et désireux, lorsqu’ils reprennent le flambeau familial, d’inscrire leurs activités dans le droit fil des principes de l’islam. La finance islamique n’a donc rien d’un engouement passager mais tout d’une tendance foncière?Absolument. La demande de produits financiers compatibles avec la charia ou de solutions aux fondements résolument plus islamiques émane de l’homme de la rue, et elle est en constante augmentation. La clientèle entend désormais gérer ses affaires dans le plus strict respect des préceptes du Coran. Et plus il y aura de produits, plus la demande se fera insistante. Les produits conformes à la charia sont-ils de simples variantes des produits traditionnels ou de réelles innovations?

Près de 99 pour cent des produits financiers dans le monde sont conventionnels et la finance islamique n’échappe pas à la règle. Or nous avons précisément pour ambition d’étoffer la gamme des solutions qui vont au-delà d’une simple compatibilité avec la charia pour se fonder littéralement sur la lettre même de la loi.

 Quelle est la durée de ce processus de développement ?

Il dure généralement plus longtemps que le processus conventionnel car il faut compter en sus du temps matériel d’élaboration le délai nécessaire à la validation par les spécialistes de la charia, plus ou moins long selon le degré de complexité du produit en question.

 Quel est le profil type de l’investisseur intéressé par vos produits ?Pour l’heure, nous concevons nos produits pour le segment des investisseurs institutionnels, sans toutefois ignorer la demande alimentée par l’homme de la rue. Comme je l’ai dit auparavant, le grand public constitue le véritable réservoir de croissance de la finance islamique, et c’est pour cela que nous nous attacherons à le développer dans un proche avenir. Existe-t-il, hormis le rejet de l’intérêt, d’autres interdictions auxquelles les produits respectueux de la charia sont tenus de se plier ?La première des interdictions reconnues par la majorité des musulmans est en effet l’intérêt. S’y ajoutent néanmoins d’autres critères comme la gestion même des activités commerciales conformément à l’esprit et à la lettre de la charia: par exemple ne pas détenir un montant excessif d’engagements par rapport aux fonds propres et à la valeur nette de l’entreprise, ou encore éviter tout surcroît de liquidités propre à générer des intérêts. Sans parler de quelques autres petites règles de négoce fondées sur l’équité et l’éthique. Quelles sont les sources de financement réputées non admises?Les gains issus d’activités touchant à l’alcool, au jeu, à la pornographie, au porc et à tout ce qui est immoral, de même que les transactions entachées d’incertitude. Il est en effet interdit d’opérer une transaction si un événement en relation avec cette opération échappe au contrôle des parties impliquées. Travaillons-nous main dans la main avec des conseillers parfaitement versés dans l’islam afin de vérifier la compatibilité de nos produits avec la charia ?Oui, tout à fait. Le Crédit Suisse dispose de son propre conseil de la charia où siègent trois éminents savants – El Gari, Cheikh Nizam Yaqubi et Imran Usmani. Que représente le marché des produits conformes à la charia ?Selon des études récentes, plus de 400 milliards de dollars, et ce n’est qu’un début. L’Islamic Financial Services Board de Kuala Lumpur, un organe de normalisation international composé d’agences de réglementation et de contrôle qui s’emploie à l’assainissement et à la stabilité du secteur de la finance islamique, évalue le potentiel de ce marché à près de mille milliards d’USD. Quelle sera, selon vous, l’envergure de ce marché dans cinq ans ?

On estime que la finance islamique progresse de quelque 15 pour cent par an. Faites le calcul et vous obtiendrez un volume situé entre 500 et 1750 milliards de dollars. Mais peu importe les chiffres, disons que ce marché est porteur et a de beaux jours devant lui.

 Quel est actuellement le volume des fonds gérés par le Crédit Suisse selon les règles de la charia et de combien sera-t-il dans les cinq années à venir ?

Nous souhaitons passer d’un volume actuel de quelque 500 millions de dollars américains de placements à près de 5 milliards. Tel est notre objectif et je suis convaincu qu’il est à notre portée.

Crédit Suisse Online Publications 04.08.2006

Marcus Balogh

 
2 Commentaires

Publié par le août 4, 2006 dans Suisse

 

2 réponses à “Respecter l’esprit et la lettre du Coran

  1. ribh

    décembre 28, 2007 at 10:45

    Salam,
    Cette interprétation est intéressante et me rappelle une autre interprétation de Lanza Del Vasto dans son livre « Les Quatre fléaux – La Roue des révolutions », dans laquelle l’auteur assimile la Bête mentionnée dans la Bible à une représentation symbolique de la machine des temps modernes et des bouleversements sociaux engendrés par la mécanisation. Quels que soit la pertinence et l’intérêt des oeuvres de Muhammad Asad ou de Lanza Del Vasto, il n’en demeure pas moins que le Dajjal annoncé par Mohammed que la paix soit sur lui est un vrai faux prophète dont il a donné une description physique très précise.

     
  2. Anonyme

    décembre 28, 2007 at 10:16

    La civilisation de ” l’imposteur ” (Dajjâl)

    “La tradition islamique reconnaît la venue d’un messie imposteur, le Dajjâl, qui apparaîtra à la fin des temps et qui séduira des foules subjuguées par ses pouvoirs.

    « Dieu n’a pas envoyé de prophète, affirme Muhammad, sans lui ordonner de mettre en garde sa communauté contre le faux Messie (al-masîh ad-djjal). C’est ainsi que Noé et les prophètes après lui reçurent cet ordre. S’il sortait parmi vous, ses signes distinctifs cachés ne le seront pas pour vous. Votre Seigneur n’est pas borgne, alors que lui, il est borgne de l’œil droit. Son œil est comparable à un raisin sec » 1

    le Dajjâl doit bien entendu être considéré comme une personne à part entière. Mais on peut admettre que son apparition ne prendra tout son sens que lorsque la civilisation moderne aura définitivement pris son parti. L’auteur Muhammad Asad, dans son livre remarquable Le chemin de la Mecque, consacre un chapitre à ce thème. Il identifie le Dajjal au matérialisme moderne.

    Cet extrait montre l’écrivain en conversation avec un cheikh et un jeune bédouin :

    « – Vraiment, ô frère ? me demande le jeune bédouin avec vivacité. Est ce vrai que tu as été toi-même un faranji 2 ?
    Je fais un signe affirmatif et il murmure :
    « Dieu soit loué, Dieu soit loué ; Il guide qui Il veut sur la voie droite… Dis-moi, frère, pourquoi les faranjis se préoccupent-ils si peu de Dieu ?
    – C’est une longue histoire, lui dis-je, et cela ne peut pas s’expliquer en quelques mots. Tout ce que je peux te dire maintenant est que le monde des faranjis est devenu le monde du dajjal, le Brillant, le Trompeur. As-tu déjà entendu parler de la prédiction de notre saint Prophète, selon laquelle, dans les derniers temps , la plupart des habitants du monde suivront le Dajjal, croyant qu’il est Dieu ? »
    – Alors qu’il me regarde d’un air interrogateur, j’expose, avec l’approbation visible du cheikh Ibn bulayhid, la prophétie relative à l’apparition de cet être apocalyptique, le dajjal, qui sera borgne, mais doué de pouvoir mystérieux à lui concédés par Dieu. Il entendra de ses oreilles ce qui se dit aux coins les plus éloignés de la terre et verra de son œil unique des choses se produisant à des distance infinies ; il volera autour de la terre en quelques jours, amassera des trésors d’or et d’argent qu’il fera soudainement surgir du sol, fera tomber la pluie et croître les plantes à son commandement, tuera et ramènera à la vie, de telle sorte que tous ceux dont la foi est faible croiront qu’il est Dieu Lui-même et se prosternerons devant lui en adoration. Mais ceux dont la foi est forte liront ce qui est écrit sur son front en lettres de feu : Négateur de Dieu, et ils sauront ainsi qu’il n’est qu’une imposture destinée à mettre à l’épreuve la foi de l’homme….
    Mon ami le bédouin me regarde avec des grands yeux et murmure :
    « Je cherche refuge en Dieu. »
    Je me tourne vers Ibn Bulayhid :
    « Cette parabole, ô cheikh, n’est-elle pas une description adéquate de la civilisation technique moderne ? Elle est « borgne », ce qui signifie qu’elle ne voit qu’un aspect de la vie, le progrès matériel, et ignore son aspect spirituel. A l’aide de ses merveilles mécaniques, elle rend l’homme capable de voir et d’entendre bien au-delà de sa capacité naturelle et de couvrir des distances illimitées à des vitesse inconcevables. Ses moyens technique peuvent « faire tomber la pluie et croître les plantes », de même qu’ils découvrent des trésors insoupçonnés sous la surface du sol. Sa médecine rend la vie à ceux qui paraissent condamnés à mort, alors que ses guerres avec leurs horreurs scientifiques détruisent la vie. Et son développement matériel est si puissant et si éblouissant que ceux dont la foi est faible se mettent à croire qu’il y a une divinité en elle. Mais ceux qui ont gardé la conscience de leur Créateur reconnaissent clairement que l’adoration du dajjal équivaut à la négation de Dieu…”3 “

    1:Hadith authentique rapporté par Al-Bukhâri et Muslim
    2: Faranjis : C’est à dire un Européen. Les faranjis sont à l’origine les Francs des Croisades
    3:Muhamad Asad, Le chemin de la Mecque, pp 267-268, trad.Roger du Pasquier, éd Fayard, Paris, 1976.

    Tiré du blog: Islam et décroissance ou A-croissance
    que penser vous de cette interpretation?

     

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