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Finance islamique : 7 mesures pour le décollage économique du Maroc

26 fév

Le gouvernement dirigé par le Parti de la justice et du développement (PJD) est de facto un gouvernement de crise. Une crise économique et sociale. La récession qui frappe la zone Euro principal partenaire commercial et financier du pays, affecte les exportations marocaines et les flux financiers (transferts des MRE et investissements étrangers directs). Et surtout, les attentes socio-économiques exacerbées par le « printemps arabe » soumettent le gouvernement aux revendications incessantes de "la rue", au premier rang desquelles la question du chômage. Pour faire face à cette situation, le gouvernement est obligé de trouver de nouveaux gisements de croissance. La solution pourrait bien venir du modèle économique islamique.

L’image choc qui résume le climat socio-économique à Rabat et dans d’autres villes marocaines est sans conteste celle de l’immolation par le feu de diplômés chômeurs désespérés. En s’autoproclamant « cadres supérieurs au chômage », ces jeunes diplômés commettent une erreur de jugement et s’enferment dans une impasse. La réalité c’est qu’ils ne sont pas cadres, puisque la quasi-totalité d’entre eux n’a pas la moindre expérience professionnelle. Quant au qualificatif « supérieur » il est encore plus inapproprié puisque le cœur du problème réside dans l’employabilité de ces diplômés et de leur capacité à répondre aux besoins d’un marché du travail qui a du mal à trouver les compétences requises.

La fonction publique apparaît aux yeux de ces chômeurs comme l’ultime bouée de secours, mais l’Etat marocain ne peut absorber l’essentiel des effectifs qui arrivent sur le marché du travail : seules les petites et moyennes entreprises (PME) sont capables de créer suffisamment d’emplois pour répondre au chômage des jeunes. Tout marocain est censé connaître le célèbre Hadith qui enseigne que le commerce vaut mieux que le salariat : «التجارة خير من الإجارة». Il reste que la situation actuelle est le résultat d’une culture de rentier largement répandue : le programme politique du PJD a d’ailleurs fait de l’éradication de l’économie de rente  «اقتصاد الريع» l’une de ses priorités.

La réorientation nécessaire des forces vives de l’économie marocaine vers l’initiative individuelle et vers le secteur productif nécessite une véritable révolution culturelle destinée à développer l’esprit d’entreprise, ainsi que l’adoption de mesures concrètes visant :

  • La sensibilisation générale de la population, la formation de base et la formation spécialisée aux principes de l’économie islamique, et plus généralement du commerce et de la gestion d’entreprise.
  • La simplification de l’acte d’entreprendre.
  • La baisse de la pression fiscale sur les activités génératrices de revenu et sur la consommation, compensée par une hausse de la fiscalité sur l’épargne improductive.
  • La création de banques islamiques d’investissement assurant l’octroi de financements participatifs (Moucharaka et Moudharaba).
  • La commercialisation de produits d’épargne halal.
  • La création d’un compartiment Charia compatible au sein de la Bourse de Casablanca.

PROGRAMME D’ACTION MOUBADARA

L’efficacité de cette mobilisation nécessite la mise en place, auprès du premier ministre, d’une commission interministérielle dédiée qui aura la charge de veiller à la mise en œuvre des mesures de décollage économique prescrites. Ces dispositions s’inscriraient dans un programme intégré national « Moubadara » s’étalant sur les cinq prochaines années, et même au-delà.

Cette commission regrouperait des représentants des départements ministériels concernés, principalement : Habous et affaires islamiques ; Economie et  finances ; Agriculture et pêche maritime ; Education nationale ; Enseignement supérieur ; Jeunesse et sports ; Communication ; Emploi et formation professionnelle ; Industrie, commerce et nouvelles technologies ; Tourisme ; Culture ; Artisanat, le ministère de la solidarité, de la femme, de la famille et du développement social ; le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger ; le ministère chargé des Affaires générales et de la gouvernance ; ainsi que le secrétariat général du gouvernement.

Le programme « Moubadara » reposerait sur 7 mesures principales consistant à :

  • Développer l’esprit d’entreprise

- Diffuser des prêches du vendredi mettant l’accent sur les mérites du commerce et de l’entreprenariat.

- Mobiliser les médias (programmes TV, spots publicitaires, etc.) et les leaders d’opinion en faveur de l’acte d’entreprendre.

- Organiser un festival « Moubadara » annuel… sorte de festival Mawazine de la créativité économique, où des entrepreneurs nationaux et étrangers, ainsi que des professionnels ayant réussi dans un domaine particulier, seront invités à exposer leur expérience afin de susciter des vocations. Ce festival couvrira l’ensemble des villes marocaines avec des séminaires, ateliers de travail, guichets d’information, orientation et accompagnement au profit des créateurs d’entreprises et des jeûnes diplômés etc.

  • Vulgariser l’économie islamique

- Généraliser l’enseignement des principes islamiques en matière commerciale «فقه المعاملات» à tous les niveaux du cycle secondaire et dans les filières spécialisées d’économie et de gestion.

- Créer des filières de formation spécialisées en finance islamique.

  • Développer l’activité de banque islamique

- Autoriser l’activité des banques islamiques au Maroc.

- Encourager et faciliter la reconversion des banques conventionnelles en banques islamiques.

  • Développer la bancarisation et l’épargne halal

- Développer la bancarisation à travers la création de produits bancaires d’épargne basés sur la Moudharaba.

  • Promouvoir la Moucharaka

- Créer des guichets dédiés à la Moucharaka au niveau des agences principales des banques conventionnelles. Cette mesure pouvant constituer une étape transitoire pour les banques qui choisiront de se reconvertir en banques islamiques.

- Développer la coopération avec des opérateurs internationaux de capital risque qui apporteraient leur savoir faire en matière de montage de projets et qui bénéficieraient en retour de l’acquisition d’un savoir faire en matière de finance islamique.

N.B. : Voir sur le thème de la Moucharaka l’article :
Révolutionner le financement de la PME pour vaincre le chômage au Maroc.

  • Certifier la Bourse de Casablanca aux normes islamiques

- Instaurer des indices boursiers Charia compatibles permettant de drainer l’épargne nationale "halal" et d’attirer les fonds d’investissement islamiques.

  • Réformer la fiscalité

Le système fiscal actuel calqué sur le modèle occidental taxe principalement la consommation (TVA) et le revenu. Ces deux impôts sont socialement injustes : la TVA pénalise les pauvres ; quant à l’impôt sur le revenu il pénalise d’une part les individus les plus entreprenants et d’autre part les familles nombreuses. Il convient de réorienter la pression fiscale vers l’épargne improductive, afin d’encourager l’investissement productif et la circulation des richesses.

En améliorant le revenu net, une telle réforme est susceptible d’entraîner une augmentation de la consommation et du marché intérieur, qui suscitera à son tour une augmentation de l’investissement productif pour répondre à la demande additionnelle, enclenchant ainsi le cercle vertueux du développement durable auto-entretenu.

Halsaâ Benzha – Spécialiste en création d’entreprise
Fondateur du Journal de la finance islamique RIBH

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9 Commentaires

Publié par le février 26, 2012 dans Maroc

 

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9 réponses à “Finance islamique : 7 mesures pour le décollage économique du Maroc

  1. ribh

    novembre 9, 2012 at 12:34  

    @ Hasali :

    Salam,

    La vocation initiale de la bourse est de mobiliser des capitaux destinés à financer l’investissement productif sur le long terme. Il y a au moins trois éléments qui peuvent rendre les opérations de bourse non halal :

    1) La spéculation qui consiste à acheter et revendre des actions sur le court terme.

    2) La cotation des banques et des assurances conventionnelles.

    3) L’investissement dans les titres de sociétés ayant une activité non licite (boissons alcooliques par exemple).

    Plusieurs pays on créé des compartiments dédiés à la finance islamique et des indices boursiers islamiques, y compris Wall Street avec le Dow Jones Islamic Market™ Index http://www.djindexes.com/islamicmarket/

    Des pays non musulmans le font… alors les pays musulmans auraient tort de s’en priver.

     
  2. hasali

    novembre 8, 2012 at 7:58  

    il va falloir m’expliquer comment on peut transformer la bourse en quelque chose de halal.

    on enlève toute les banques et les assurances ? il ne restera presque plus rien.

    C’est quoi la définition de bourse halal?

     
  3. BENJELLOUN ABDELMAJID

    mars 12, 2012 at 7:55  

    Les liquidités bancaires ont relativement moins augmenté ces 5 derniéres années que les financements dispensés par le systéme bancaire marocain .

    Celà s’explique entre autres par la non mobilisation de l’épargne islamique d’où la progression moins rapide des liquidités dans le systéme bancaire conventionnel au Maroc;

    La mise en place de produits de financement dits alternatifs au Maroc , de surcroit par une seule filiale de banque conventionnelle , et qui sont du reste non basés sur une épargne purement islamique n’a pas atteint l’objectif fixé à savoir appréhender l’épargne islamique et développer la bancarisation , d’où nécessité de changer rapidement de stratégie sur tous les plans en vue de développer davantage les liquidités indispenssables au financement de l’économie de notre Pays.

     
  4. ribh

    mars 6, 2012 at 2:54  

    @ Benjelloun Abdelmajid :

    Plutôt que d’énumérer d’autres options je préfère développer l’exemple déjà cité en joignant une étude qui souligne les effets bénéfiques pour le Maroc d’un développement de l’épargne privée à long terme, notamment à travers la fiscalité et la création d’instruments boursiers incitatifs :

    http://ribh.files.wordpress.com/2012/03/femip_epargne_maroc_fr.pdf

    L’étude constate la préférence des particuliers pour les placements bancaires relativement liquides (les comptes d’épargne et les dépôts à terme représentent environ 40% des dépôts bancaires) et la prédilection des investisseurs institutionnels pour les obligations d’Etat, au détriment du financement des PME et de l’investissement productif en général.

     
  5. BENJELLOUN ABDELMAJID

    mars 6, 2012 at 12:46  

    quels autres exemples significatifs on peut citer pour convaincre davantage les éventuels récalcitrants en la matiére ?

     
  6. ribh

    mars 5, 2012 at 7:38  

    @ Benjelloun Abdelmajid,

    Salam,

    Un exemple d’épargne improductive est celui des livrets d’épargne bancaire classique. Un exemple d’épargne productive consiste à investir en bourse dans des actions conservées sur une durée assez longue pour bénéficier de dividendes à moyen et long terme. On peut taxer davantage les livrets d’épargne et exonérer partiellement ou totalement l’investissement en bourse (sans inclure les opérations purement spéculatives). Ceci aurait pour effet de tranférer une part de l’épargne bancaire vers l’épargne boursière et mettrait plus de capitaux à disposition des entreprises et des investisseurs, avec un effet positif sur la création d’emplois.

    On peut bien sur citer d’autres exemples.

    Ce principe est tout simplement inspiré de la Zakat.

     
  7. BENJELLOUN ABDELMAJID

    mars 5, 2012 at 6:47  

    intéressante l’idée d’orienter la pression fiscale vers l’épargne improductive et ce au bénéfice de l’épargne productive

    pouvez vous citer des exemples concrets dans les 2 domaines précités et ce pour illustrer votre idée et évaluer si possible les bénéfices qui pourraient en résulter tant sur le plan financier que celui de l’emploi ?

     
  8. ribh

    mars 2, 2012 at 10:34  

    @ Ibrahim :

    Wa alaykoum assalam,

    Le gouvernement s’est clairement prononcé en faveur de la finance islamique. L’adoption des mesures réglementaires préliminaires ne devrait pas tarder incha’Allah ouvrant la voie à la création de banques et d’assurances islamiques.

    Ce que cet article essaie de mettre en avant, c’est que la priorité devrait être accordée à la dimension entrepreneuriale de la finance islamique qui est la véritable source de création de valeur ajoutée et d’emplois. La solution de facilité consisterait à développer le financement de la consommation (logement, automobile etc.) basé sur la Mourabaha, ce que fait déjà Dar Assafaa. Cette orientation ne profiterait qu’aux financiers et ne serait pas une source significative de développement.

    Concernant les délais, j’estime que la mise à niveau réglementaire pour la création de banques islamiques ne devrait pas dépasser 12 à 18 mois, ce qui permet d’envisager la création de banques islamiques à un horizon de 2 à 3 ans.

    La réforme graduelle de la fiscalité visant à réorienter la pression fiscale vers l’épargne improductive en l’allégeant sur les activités génératrices de revenu pourrait prendre 5 à 7 ans, voire davantage.

    Enfin, la révolution culturelle nécessaire pour inculquer la volonté d’entreprendre à de larges couches de la population, à travers une action médiatique d’envergure et la généralisation de l’enseignement des matières correspondantes, constituent un projet générationnel qui peut s’étaler sur 10 ans ou plus.

    Wa Allah a3lam.

     
  9. Ibrahim

    mars 2, 2012 at 5:38  

    Salam Alikom

    J’aurai deux questions à vous poser Monsieur Benzha en vous remerciant d’avance.

    1/ A combien estimez-vous le temps nécessaire à la réalisation de ces projets ?
    2/ Pensez-vous qu’il existe une réelle volonté politique dans les plus hautes sphères marocaines pour faire avancer le dossier de la finance islamique ?

    Cordialement

     

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