RSS

Révolutionner le financement de la PME pour vaincre le chômage au Maroc

13 avr


En démocratisant la création d’entreprise, le programme « Moucharaka » permettra la création de dizaines de milliers d’emplois.

L’Etat marocain ne peut absorber l’essentiel des effectifs qui arrivent sur le marché du travail : seules les petites et moyennes entreprises (PME) sont capables de créer suffisamment d’emplois pour répondre au chômage des jeunes.

Le niveau quantitatif et qualitatif de création d’entreprises nécessaire pour répondre au chômage des jeunes, passe par l’adoption d’une approche audacieuse du financement des projets. Les banques marocaines doivent être autorisées et encouragées à développer les financements participatifs, principalement la « Moucharaka », instrument de capital risque issu de la finance islamique et basé sur le principe de partage des pertes et des profits.

Les banques marocaines sont déjà les plus actives de la région MENA (Middle East & North Africa) pour le financement des PME et elles ont développé dans ce domaine un savoir faire précieux. Mobilisée dans le cadre de la finance participative, cette expertise ouvrira pour le Maroc une voie royale pour relancer l’ascenseur social et mobiliser les énergies d’une nouvelle génération d’entrepreneurs.

Un programme national de financement de la création d’entreprise par Moucharaka permettra de dépasser les contraintes classiques d’insuffisance des fonds propres des promoteurs et d’absence de garanties, tout en dynamisant la genèse de projets performants.

Bank Al-Maghrib a précédemment décliné plusieurs demandes d’agrément de banques islamiques étrangères qui souhaitaient s’implanter au Maroc, en invoquant notamment que l’octroi d’une telle autorisation devrait être accompagné d’un projet industriel par la banque requérante. Le programme « Moucharaka » envisagé constitue à cet égard un "projet industriel" d’envergure nationale.

Trois ans après l’autorisation par Bank Al-Maghrib de la commercialisation des produits « alternatifs » Mourabaha, Ijara et Moucharaka, aucune banque marocaine n’a encore pris l’initiative de proposer le financement par Moucharaka ! Aujourd’hui, alors que la question du chômage des jeunes figure au rang des priorités nationales, il est temps que les banques marocaines engagent tout leur poids dans la bataille nationale pour l’emploi.

Le programme Moucharaka constituera une opportunité majeure pour les banques marocaines de mettre leur expertise au service du financement de la création d’entreprise. D’autant que le financement par Moucharaka est tout aussi rentable que la finance conventionnelle, tout en favorisant la redistribution des richesses et la cohésion sociale.

Définition de la Moucharaka

Selon la directive de Bank Al-Maghrib de 2007, la Moucharaka est un contrat ayant pour objet la prise de participation, par un établissement de crédit, dans le capital d’une société existante ou en création, en vue de réaliser un profit. Les deux parties participent aux pertes à hauteur de leur participation et aux profits selon un prorata prédéterminé. Ce mode de financement est la version halal du capital investissement, basé sur le partage des pertes et profits.

La directive de Bank Al-Maghrib distingue deux formes de Moucharaka. La première, Moucharaka Tabita (fixe) oblige la banque et son client à rester partenaires dans la société, jusqu’à l’expiration du contrat. La Moucharaka Moutanaqissa (dégressive) permet à l’établissement de crédit de se désengager de cette société au fur et à mesure de l’avancement du projet. La banque ne supporte que le risque lié à son apport dans la société commune.

Le contrat de Moucharaka doit mentionner la forme de l’opération Moucharaka (Tabita ou Moutanaqissa). Il prescrit également le montant du capital et le pourcentage détenu par chacune des parties (la banque et son client), ainsi que la nature des apports (numéraire ou en nature). Il mentionne ensuite les modalités de répartition des bénéfices, sur la base d’un prorata convenu.

Le client, assurant seul la gestion du projet, doit inscrire dans le contrat les garanties qu’il apportera pour couvrir les éventuelles pertes liées à sa négligence. Les conditions de dissolution de la Moucharaka doivent également être prescrites dès le départ. «Dans le cas de Moucharaka Moutanaqissa, le contrat doit spécifier en plus les modalités de reprise par l’établissement de crédit de sa participation». Enfin, la directive prévient que le contrat de Moucharaka Tabita ne doit en aucun cas garantir à l’une des parties la récupération de son apport, quel que soit l’aboutissement de l’opération.

La Moucharaka Moutanaqissa permet à la banque de financer entièrement le projet et de se désengager progressivement au profit du promoteur

Le développement à grande échelle de la Moucharaka suppose une révision fondamentale des conditions d’agrément des dossiers de financement : la qualité des projets et la compétence des promoteurs doivent être les critères exclusifs de sélection.

Pour attirer un maximum de talents, aucun apport en capital ne sera demandé aux promoteurs qui fourniront leur compétence, leur énergie et tout leur temps de travail à la réussite du projet financé.

La formule de Moucharaka Moutanaqissa (participation dégressive) permet à la banque de financer entièrement le projet et de se désengager progressivement au profit du promoteur qui assume seul la responsabilité de la gestion de la société créée. Il y a lieu de souligner à cet égard que dans le cadre d’un projet viable, la rentabilité de la Mousharaka est supérieure pour la banque au rendement d’un crédit conventionnel.

Les banques qui investiront directement dans les sociétés financées seront partie prenante à leur réussite et à leur rentabilité. A ce titre, elles devront se doter d’unités constituées de managers qualifiés pour assurer la supervision des projets financés, depuis la validation des business plans jusqu’au contrôle de gestion.

L’Etat sera sollicité pour apporter sa garantie afin d’encourager l’implication des banques. Aucune autre garantie matérielle ou financière ne pourra être exigée des promoteurs, si ce n’est l’engagement de leur responsabilité en cas de négligence grave ou d’infraction à la législation.

Les banques marocaines sont leaders au sein de la région MENA pour le financement des PME. Le développement du financement participatif par « Moucharaka » peut convertir cette expertise en gisement de croissance.

La performance comme unique critère de sélection

Toute restriction sans réelle incidence sur la viabilité du projet financé est superflue : ni l’âge, ni les diplômes, ni même la nationalité du promoteur n’ont d’importance, l’essentiel est que les promoteurs aient le bon profil pour conduire le projet et que celui-ci crée des emplois et contribue au développement du pays.

L’expérience Moukawalati, basée sur la promotion massive de l’auto-emploi, s’est confrontée à la rareté des projets porteurs et des promoteurs qualifiés. Le programme « Moucharaka » adoptera une approche basée sur l’identification de projets moins nombreux, mais plus consistants, appuyée par une démarche rigoureuse de sélection de promoteurs qualifiés.

La priorité sera donnée aux projets qui s’inscrivent dans une vision de développement durable, créant un minimum de 10 emplois stables, notamment les projets à caractère commercial relevant de l’une des catégories suivantes:

  • Projets qui contribuent à la préservation de l’eau ou de l’environnement.
  • Projets « Maroc Vert » : filières agricoles, reboisement, activités en milieu rural…
  • Projets contribuant au développement ou au désenclavement des régions défavorisées.
  • Secteur des énergies renouvelables (solaire, éolien…).
  • Techniques de construction contribuant à l’efficacité énergétique.
  • Projets exportateurs de produits ou de services.
  • Ecotourisme, artisanat et tourisme culturel.
  • Secteur de la formation et de l’enseignement privés.
  • Médecine et activités paramédicales.
  • Tout projet permettant l’intégration des diplômés de l’enseignement supérieur.
  • etc.

Une plateforme Moucharaka pour « industrialiser » la création d’entreprise

Afin de donner au programme Moucharaka l’impulsion nécessaire pour atteindre le niveau souhaitable de création d’entreprises et d’emplois, il faudra en confier le pilotage à une plateforme dédiée qui interviendra comme catalyseur de la création d’entreprise en industrialisant le processus d’identification et de sélection des projets.

Cheville ouvrière du programme « Moucharaka » cette plateforme aura pour mission de multiplier les projets bancables en identifiant et en suscitant les opportunités de création d’entreprises, et en épaulant les promoteurs dans leur démarche d’obtention du financement.

La plateforme Moucharaka procédera à une prospection méthodique des opportunités d’investissement en activant un réseau de veille impliquant les grandes entreprises, les organisations socioprofessionnelles, les banques, les instances régionales, les agences de coopération internationale, les agences gouvernementales, etc. La plateforme Moucharaka oeuvrera parallèlement à la généralisation des filières de création d’entreprise au niveau des instituts supérieurs de formation.

Sous l’impulsion de la plateforme Moucharaka , une assistance technique et managériale sera apportée aux promoteurs par des opérateurs partenaires spécialisés en matière de recrutement, de formation continue, de coaching, de démarche qualité, etc. dans le but d’optimiser les conditions de réussite des entreprises.

Afin de permettre une mobilisation durable à la mesure des enjeux, une large action de communication à l’échelle nationale, en partenariat avec les banques participantes, sensibilisera les promoteurs potentiels à l’opportunité de créer leur entreprise en bénéficiant du financement intégral de leur projet par Moucharaka.

Pour soutenir le programme Moucharaka, il serait judicieux que Bank Al-Maghrib publie une directive qui précise la nature des fonds pouvant être affectés par les banques au programme Moucharaka (dépôts à vue non rémunérés, capitaux propres, etc.), afin de permettre aux banques d’adopter l’appellation «المشاركة، التمويل الشرعي للمقاولات الصغيرة والمتوسطة» plus explicite que celle de financement alternatif «التمويل البديل». Des dispositions réglementaires encourageront les banques à s’impliquer dans le programme Moucharaka et institutionnaliseront les modalités de contrôle de la gestion des PME financées.

Enfin, le programme « Moucharaka » adoptera une approche transversale qui permettra de l’articuler avec les plans de développement sectoriels déjà initiés au niveau national, ainsi qu’avec les instances issues de la régionalisation avancée.

Halsaâ Benzha
Spécialiste en création d’entreprise
Fondateur du Journal de la finance islamique RIBH


About these ads
 
1 commentaire

Publié par le avril 13, 2011 dans Maroc

 

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Une réponse à “Révolutionner le financement de la PME pour vaincre le chômage au Maroc

  1. ben zekri lotfi

    février 29, 2012 at 11:18  

    vos idées sont claires. L’objectif est le même pour toute notre région maghrébine même si les moyens diffèrent.Comme nous , en Tunisie ou vous au Maroc nous subissons l’impact négatif de non maghrebisation économique et la non qualité, nous subissons encore le coût de la non intégration rapide de la finance islamique (tout les outils, instruments, produits, allant de la micro finance, gestion de fortune, ingénierie financière, fonds d’investissement, banques et takaful et RE-takaful, jusqu’aux sukuk pour le financement de l’infrastructure de l’économie ainsi que le financement du déficit du budget de l’Etat).

    Révolutionner veut dire aussi changer radicalement et rapidement et non seulement progressivement avec lenteur. voyez l’occident ne cesse de nous donner aussi les leçons : il est la source de la crise financière et aussi il a compris aussi plus rapidement que nous par l’adoption de la finance islamique et la favoriser pour l’attirer et prendre sa grande part du gâteau de la source provenant de l’excédent du revenu du pétrole de nos frères des pays du golfe…

    Donc pour atténuer le chômage, développer les régions et accélérer l’accès à tout les produits de cette finance éthique et alternative…

    Lotfi Ben Zekri, expert comptable tunisien et Certified Sharia Adviser and Auditor

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 773 autres abonnés