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Forum sur la Finance Islamique en Afrique de l’Ouest – Dakar (Sénégal)

09 jan

Dakar a abrité les 11 et 12 janvier 2010, le 1er Forum de la Finance Islamique dans l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA). Les ministres des Finances des pays de l’UEMOA, ainsi que des représentants de banques et d’Autorités de régulation financière ont débattu des moyens de promouvoir l’implantation des banques islamiques dans l’espace de l’UEMOA.

Créée en 1994 l’UEMOA, dont le siège est à Ouagadougou, vise l’unification des espaces économiques nationaux de ses états-membres : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo. Lui sont rattachées la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO, Dakar) et la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD, Lomé).

Le Forum a vu une participation de haut niveau conduite par la Banque islamique de développement (BID), la Banque Mondiale, le FMI et la BCEAO. Plus de 150 participants, experts de la régulation et des instruments financiers, de la banque, des assurances et du micro crédit se sont joints à l’Institut africain de la finance islamique (AIIF) et au ministère sénégalais de l’Economie et des Finances (MEF), co-organisateurs de cette rencontre pionnière dans l’espace communautaire.

Pays hôte du Forum, le Sénégal, qui abrite la Banque islamique de développement (BID) depuis 1983, aspire à devenir le pays-pilote en matière de finance islamique au niveau régional.

Présidant la cérémonie d’ouverture du Forum, le président de la République sénégalaise, Abdoulaye Wade, a expliqué que les banques islamiques devraient avoir comme préoccupation d’aider les pays musulmans et ceux à majorité musulmane, parce que leur système est fondé sur la solidarité et la charia.

‘’La finance islamique se développe de plus en plus et cela, juste après la mise en place du Fonds de solidarité islamique en 2005 à l’occasion d’une rencontre de l’Organisation de la conférence Islamique’’, a indiqué Me Abdoulaye Wade.

Le chef de l’Etat sénégalais a rappelé que la finance islamique ‘’occupe maintenant une place très importante’’. Selon lui, cela se vérifie, du fait que les banques islamiques ont été moins exposées à la crise financière de 2008 à cause de leurs principes et de leurs modes de fonctionnement. A cet égard, Me Wade à relevé que depuis lors, l’activité financière s’intensifie au point que certaines estimations soutiennent qu’elle a dépassé les 1000 milliards de dollars américains.

‘’Je souhaite que la bancarisation de nos Etats se fasse aussi avec les banques islamiques’’, a dit le président sénégalais, demandant par la même occasion aux professionnels du secteur, d’éviter de faire le rapport entre la finance islamique et la finance conventionnelle. ‘’La finance islamique est encore très faible, parce que la crainte des investisseurs de la Ummah, c’est l’instabilité politique qui caractérise les pays africains’’, a-t-il fait observer. A cet effet, il a souhaité que les pays de l’UEMOA puissent bénéficier des conseils des banques islamiques afin que celles-ci puissent suppléer aux carences de la finance conventionnelle.

Il s’en est référé aux banques classiques qui évitent d’aller vers le monde rural. ‘’C’est cette carence qui devrait être supplée par les banques islamiques’’, a suggéré Me Wade, non sans relever la nécessité d’arriver à une co-existence entre elles, parce que l’Afrique a besoin d’investissements, mais également de financements. Il a également suggéré que les profits tirés des banques islamiques implantées dans les pays européens puissent servir à financer la lutte contre la pauvreté, en partant du fait que la finance islamique refuse l’usure.

En outre, Abdoulaye Wade a demandé à ce que la réflexion soit poussée pour savoir si réellement la finance islamique s’intéresse à l’Afrique.

Les organisateurs veulent lever plusieurs contraintes majeures qui feront l’objet des communications du Forum, notamment celles liées au cadre réglementaire et aux ressources humaines qui font partout défaut. La résorption du déficit en compétences spécialisées en finance islamique est l’une des motivations de la création de l’Institut africain de la finance islamique (AIIF) qui entend poursuivre un programme de formation ciblée, parallèlement à la sensibilisation nécessaire du public et des acteurs. L’aménagement du cadre réglementaire nécessite certes une forte volonté politique, mais dépend surtout de la dynamique communautaire qui amènerait la Banque centrale à réaménager conséquemment la loi bancaire.

Selon M. Mouhamadou Lamine Mbacké, Président directeur général de l’Institut Africain de la Finance Islamique (IAFI), initiateur de cette rencontre, le forum se veut une plateforme d’échanges et de rencontres pour toutes les institutions et entreprises potentiellement intéressées par le secteur de la finance islamique.

M. Mbacké a indiqué que l’espace UEMOA, « un exemple d’intégration économique remarquable, représente moins de 0,01% de ce marché de la finance islamique malgré une demande importante ».

Le PDG de l’IAFI reste convaincu que la finance islamique qui repose sur « des principes de partage de profits, s’insère naturellement aux traditions africaines de solidarité et d’entraide car elle bannit l’incertitude, la spéculation, l’intérêt, l’usure ou les revenus issus de secteurs illicites ».

De plus, la finance islamique est adaptée aux besoins de croissance des pays en développement a dit M. Mbacké. Les Sukuks ou obligations islamiques, constituent une nouvelle opportunité de financement des infrastructures qui s’offre aux pays de l’UEMOA.

M. Mbacké a profité de l’ouverture du Forum pour annoncer que l’Institut Africain de la Finance Islamique (IAFI) souhaite construire à Dakar un centre ultra moderne de formation à la finance islamique, destiné aux pays de l’UEMOA. A cette occasion, le Président directeur général de l’IAFI a adressé une demande à l’Etat sénégalais en vue de l’octroi d’un site pour accueillir ce centre.

Pour sa part, le Président du groupe de la Banque Islamique de Développement (BID), Dr Ahmad Mohamed Ali, a souligné que la finance islamique occupe désormais une place de choix dans le système financier mondial.

En outre, a-​t-​il estimé « l’industrie de la finance islamique fait désormais l’objet d’un intérêt certain de la part de plusieurs institutions financières internationales, régionales et nationales, quand on sait que la finance islamique n’est plus l’apanage des seuls musulmans. » Le Président de la BID en veut pour preuve l’existence de nombreux investisseurs et hommes d’affaires non-​musulmans qui ont trouvé que certains produits de la finance isla­mique conviennent mieux à des formes précises de leurs projets et affaires.

D’autre part, M. Ali est d’avis que le développement continu des institutions et produits financiers islamiques a fait que ce mode de financement répond à de nombreux besoins et exigences dans de nombreuses transactions financières.

C’est ce qui explique le développement prodigieux que connaissent ces produits et institutions financières, selon le Président de la BID. Le nombre d’institutions de ce type dépasse au­jourd’hui les 300 disséminés dans près de 75 pays dans le monde.

A la fin de l’année 2008, a-​t-​il rappelé, le volume du marché de l’industrie de la finance islamique s’est élevé à 840 milliards de dollars US avec un taux de croissance des actifs islamiques de 30% au cours de la période allant de 2002 à 2007.

Ci­tant le dernier bulle­tin publié en 2009 par le groupe AGEFI et l’Institut international de développement, M. Ali note que les estimations indiquent que cette croissance va se poursuivre à un taux de 20% jusqu’en 2012.

Pour sa part, le Premier ministre sénégalais, Souleymane Ndéné Ndiaye, qui a présidé la cérémonie de clôture du premier Forum international sur la Finance Islamique dans l’UEMOA, a souhaité la mise en œuvre des recommandations qui devraient permettre de faire un saut qualitatif dans le développement de la finance islamique au sein de l’Union.

Il s’est particulièrement prononcé en faveur de l’aménagement d’un cadre favorable pour l’implantation de banques et instituts de finances islamiques, à travers notamment un appui technique et financier dfe la BID. M. Ndiaye a souligné la nécessité de trouver des plages de convergence entre la finance islamique et la microfinance, et de développer la formation pour disposer d’une masse critique de ressources humaines capables de relever les défis.

Souleymane Ndéné Ndiaye estime que la finance islamique offre des pistes de réflexion pour le financement de nos économies. La mise en œuvre de la Stratégie de croissance accélérée (Sca), soutient-il, nécessite des produits adaptés comme ceux de la fiance islamique. « Ils sont adaptés et ont un impact avéré sur la réduction de la pauvreté et la bancarisation des populations », a-t-il soutenu.

Faisant la synthèse des travaux, le directeur de la monnaie et du crédit, Madame Oulimata Diop, est aussi revenu sur les recommandations du forum, et a souhaité la création de "charia boards" dans les établissements financiers conventionnels.

Le vice-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Jean Baptiste Compaoré, a par ailleurs annoncé la commercialisation prochaine par les institutions de finances conventionnelles de produits de la finance islamique.

Source : Presse sénégalaise – Syndication : RIBH (Dernière mise à jour : 14/01/2010)

Lire aussi : Création d’un comité national Charia Finance au Sénégal


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8 Commentaires

Publié par le janvier 9, 2010 dans Afrique

 

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8 réponses à “Forum sur la Finance Islamique en Afrique de l’Ouest – Dakar (Sénégal)

  1. Djibril Diallo

    décembre 11, 2012 at 1:30  

    Comment financer les organisations qui agissent pour la protection de l’environnement et la productiion biologique ?

    Djibril Diallo, Coordinateur

     
  2. serigne sam

    juin 16, 2011 at 4:27  

    salut,
    je tiens a saluer une telle initiative et qui est très prometteuse et pourrait être la chance de certains pays africains a l’instar du Sénégal.
    Etant étudiant en master et devant intervenir sur le sujet je voudrais savoir comment faire pour être convié a ce forum..

     
  3. Souleymanou Modibbo

    mai 13, 2011 at 5:38  

    Prédicateur, Conseiller en gestion dans une ONG et étudiant (à distance)/ Master en Finance Islamique,
    Je réitère le souhait formulé par notre Président à savoir l’organisation d’un tel forum au Cameroun. parce qu’on en a vraiment besoin.

     
  4. Ousmanou Mouhaman Biangoro

    octobre 31, 2010 at 6:17  

    En ma qualité de Président National de la Jeunesse Islamique du Cameroun JIC, je vous félicite de la tenue du forum sur la finance islamique en Afrique de l’Ouest. Nous vous demandons la possibilité de l’organisation d’un tel forum au Cameroun même à l’échelle nationale.
    Merci.

     
  5. BALDE Maamadou Bailo

    mai 5, 2010 at 5:10  

    Je suis étudiant et préparant mon Diplôme de Licence3 en Banque Assurance et Finance. J’ai participé au 1er Forum International sur la Finance islamique dans l’UEMOA.
    Tout d’abord je salue cette belle initiative des organisateurs. Ensuite, je voudrais vous féliciter pour le succès de cet évènement qui aura un impact très important dans la redéfinition stratégiques des politiques économiques de nos Etats.
    Pour ma part, la participation a ce forum a joué un rôle important dans ma prise de décision concernant ma carrière professionnelle. En effet, j’ai choisi comme Thème pour mon mémoire "Le Développement de la Finance Islamique dans un Pays en Développement comme le Sénégal". et je souhaiterais par la même occasion vous demander a avoir toute documentation qui pourrait me servir a mieux comprendre la Finance Islamique de manière générale et en particulier le rapport de ce Forum.
    Je vous remercie d’avance tout en espérant recevoir une suite favorable a ma requête.

     
  6. ZOUNGRANA Adama

    février 1, 2010 at 5:08  

    Je suis heureux de constater que la finance islamique fait son petit bonhomme de chemin en Afrique de l’Ouest particulièrement au sein de l’espace UEMOA.
    Pour ma part en tant que économiste de formation spécialisé dans les assurances, je souhaite voir se réaliser une compagnie d’assurance islamique capable de couvrir les plus démunis de mon pays le Burkina Faso.
    Que faire pour obtenir le concours des organisations islamiques pour réaliser une étude dans ce sens?

    ZOUNGRANA Adama,
    Directeur commercial d’une compagnie d’assurances
    02BP5502 OUAGADOUGOU 02
    TEL +226 70 36 90 29

     
  7. Diaby

    janvier 25, 2010 at 1:21  

    La finance islamique est la véritable solution des pays musulmans. Il va falloir que les fonds arabes soient plus présent dans les pays musulmans afin d’aider au financement des projets.

    Moi, personnellement j’ai un projet d’ouverture d’une université privée au Mali. Difficilement une banque conventionnelle pourra me tendre la main. J’espère qu’avec les banques islamiques mon projet pourra voir le jour.

    Je suis également à votre disposition pour toute proposition pouvant m’aider à mettre à bien ce projet.

    Cordialement,

    Mr Diaby Moustapha
    BP 16 Bamako Mali

     
  8. abdallahi kerim

    janvier 12, 2010 at 11:59  

    forum très important. à étendre au niveau des institutions universitaires. nous souhaitons bien avoir les actes du forum et y participer prochainement.

     

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