La finance islamique fait école à Strasbourg

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A l’Ecole de management de Strasbourg, un cycle ouvert fin janvier enseigne la gestion d’actifs selon les préceptes de la charia. Un diplôme sésame pour des marchés très prisés.

«Vous ne léserez personne et vous ne serez point lésés.» Quand Mohamed Boudjellal cite le verset 279 de la deuxième sourate du Coran, c’est pour vanter les mérites de la finance islamique. Celle-ci «relève de l’investissement éthique, dans la mesure où elle respecte les préceptes de l’islam en matière de placement des fonds», explique-t-il à un auditoire attentif, avant de revenir au texte sacré : «Certes, ce Coran guide vers ce qu’il y a de plus droit» (sourate 17, verset 9). Le prêche d’un imam à la mosquée ? L’enseignement d’un théologien à l’école coranique ? Pas du tout. Professeur d’économie à l’université de Msila, en Algérie, Mohamed Boudjellal est invité par l’Ecole de management de Strasbourg, qui lançait, le 21 janvier 2009, son nouveau diplôme de finance. Une formation bac + 5 pas tout à fait comme les autres : il s’agit d’inculquer à trois douzaines de jeunes banquiers, avocats et fiscalistes, ce que prescrit la charia en matière de financement de projets ou de gestion d’actifs. Du jamais vu en France…

Pour Michel Kalika, son directeur, qui avoue n’entretenir aucune familiarité avec l’islam, sa motivation est business avant tout : «Former des professionnels qualifiés en fonction des nouveaux débouchés, c’est mon job.» L’école a réagi au quart de tour aux recommandations de la ministre Christine Lagarde, qui veut «adapter notre environnement juridique à la finance islamique». En pleine crise, impossible de dédaigner ces quelque 700 milliards de fonds halal investis à Dubai, Kuala Lumpur, Abou Dhabi et Londres. «J’ai créé ce cycle parce qu’il répond à une demande. Les praticiens de la finance ne veulent pas passer à côté d’un marché prometteur, celui des fonds d’investissement asiatiques ou des riches particuliers du Golfe», explique Michel Kalika.

«La France a besoin d’experts en finance islamique. Les perspectives de développement sont énormes», confirme Valéry Foussé. Très vieille France avec sa cravate rose et sa mèche aristocratique, cet associé chez KPMG expose devant un amphi studieux les spécificités fiscales des soukouk, ces émissions obligataires conformes aux préceptes du Coran, avant de passer aux subtilités du takaful, l’assurance islamique, le tout dans un environnement évidemment sharia compliant, c’est-à-dire adapté à la charia.

Réconcilier argent et morale

Surréaliste ? Non, à la pointe de la modernité. Parce qu’elle interdit théoriquement la spéculation (lire encadré), la finance islamique émerge comme un havre dans un monde en faillite. Un paradis sans titrisation. Preuve inespérée, après l’effondrement de Lehman et le scandale Madoff, que l’argent et la morale ne font pas forcément mauvais ménage. Oubliées, les polémiques sur le port du voile : nouvelle «filière de niche» en plein essor dans un secteur financier déboussolé, la charia apparaît désormais comme un plus sur un CV !

C’est l’avis de Philippe Muller, avocat de 25 ans, étudiant du cycle. Ce jeune homme blond aux yeux bleus, originaire de Moselle, va apprendre, en quatre cents heures de cours sur onze mois, les arcanes de la mourabaha et autres moussawama, bay mouajjal, salam, istina et ijara, ces montages spécifiques qui permettent d’éviter le ribâ, le prêt à intérêt proscrit par le Coran. Pourtant, Philippe ne s’est jamais passionné pour le monde arabo-musulman. L’islam, ce n’est pas son truc. Cette formation va simplement booster sa carrière. Son employeur, le cabinet luxembourgeois Wildgen, a payé 3 000 euros pour l’inscrire, «parce qu’on a des clients du Moyen-Orient qui souhaitent diversifier leurs investissements».

Mais, dans l’amphi, il est en minorité. Français, Belges, Suisses, Luxembourgeois, Tunisiens ou Marocains, ses 35 camarades de promo sont surtout issus de la communauté musulmane. Qu’ils affichent une barbe discrète ou un crâne rasé à la Zidane, qu’elles arborent un voile ou une crinière bouclée, ces jeunes executives nourrissent l’espoir de concilier, enfin, convictions et ambitions. «C’est un choix de carrière, explique Mounib Derbali, 28 ans, analyste d’un fonds d’investissement de BNP Paribas, au Luxembourg. Et puis, je suis de confession musulmane.» Jeune loup mais croyant. Comme Sonia Bellamine, élégante avocate en tailleur-pantalon, née d’une mère algérienne et d’un père tunisien : cette formation, «ça me parle», lâche-t-elle. «C’est l’occasion de véhiculer une autre image de l’islam, glisse fièrement sa collègue Farida Saada. La télé ne montre que des voyous ou des terroristes !»

Abdelrazzak Belabes, chercheur venu pour l’occasion de l’université de Djedda, en Arabie saoudite, fait un tabac en évoquant une «coexistence harmonieuse entre les valeurs de la religion et celles de l’entreprise». Et, quand ce frêle érudit à barbe rousse développe son «modèle principiel» fondé sur l’interdiction de l’intérêt (ribâ) et sur l’aumône obligatoire (zakat), le public adore : «Il donne du sens, c’est brillant !» s’enthousiasme Hamza Bouaziz, un économiste de 30 ans qui arbore un bouc branché de musulman cool. Mais la tension monte quand Laurent Weill, professeur de finance à Strasbourg, emprunte à l’orientaliste anglo-américain Bernard Lewis ses analyses (controversées) sur le «déclin de l’islam» : «Ces arguments sont très faibles, s’emporte Hamza. L’islam n’est pas en cause.» Un choc des civilisations, inhabituel en cours de finance.

Ce que le Coran proscrit, et ce qu’il autorise

Dieu a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt» Le verset 275 de la deuxième sourate du Coran pose le principe majeur de la finance islamique : la prohibition du prêt à intérêt (ribâ), celle de la spéculation (gharar) et du jeu (maysir). Quelles sont les alternatives ? La moudaraba, qui permet à un promoteur d’associer les apporteurs de fonds aux bénéfices… et aux pertes de son projet. Avec la mourabaha, un contrat très utilisé pour les financements immobiliers, une banque achète un bien qu’elle revend aussitôt à celui qui désire l’acquérir – il paiera en différé un prix plus élevé.

La mousharaka est une participation au capital : les partenaires apportent des fonds, mais seul l’un d’eux gère le projet. La banque (partenaire) peut ainsi apporter l’essentiel des fonds et prendre des bénéfices.

L’ijara, enfin, correspond au crédit-bail, et est compatible avec la charia.

Eve Charrin, Challenges 05/02/2009 – Syndication : RIBH

Lire aussi : L’Université Robert Schuman de Strasbourg lance un Diplôme d’Université Finance islamique (Bac+5)

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10 Réponses vers “La finance islamique fait école à Strasbourg”


  1. 1 Diao Seydou mars 16, 2009 à 4:06

    salamou alekoum
    je suis en licence de finance au centre supérieur africain de gestion (cesag) à Dakar et inchallah je veux me spécialiser en Finance islamique. j’ai même déjà pris contact avec l’université de Strasbourg. j’aimerais savoir où je pourrais avoir des bourses d’étude pour cette formation.

  2. 2 Leila mars 20, 2009 à 8:52

    assalamo3alikom , ça m´intéresse bcp merci pour les informations.
    je me demande s´il y a une possibilité d’étudier à distance via internet, et j´ai la même question précédente sur la bourse.

  3. 3 Malika Touré mars 22, 2009 à 9:04

    As salamou aleykoum
    je suis étudiante en licence (finance) et je finis cette année incha Allah. les études en finance islamique m’intéressent énormément et j’aimerais savoir comme ceux qui m’ont précédé, si il y a des possibilités de bourses et si on peut suivre la formation à distance.
    salamou aleykoum

  4. 4 ribh avril 21, 2009 à 2:32

    L’EMS prévoit de proposer ce diplôme en formation à distance dès la rentrée prochaine. Voir l’article ci-dessous :

    http://ribh.wordpress.com/2009/04/21/reims-management-school-lance-un-cours-en-finance-islamique/

  5. 5 chaib juillet 12, 2009 à 9:28

    bonjour

    titulaire d un d.e.s en comptabilité et préparant un d.e.s en management avec 28 ans d expérience en gestion, comptabilité et finance management. j’ai occuppé des postes de responsabilité ex. chef département finance et comptabilité entreprise nationale. participé à des travaux en cabinets.

    actuellement en retraite a 50 ans je souhaite poursuivre des études en finance islamique. je trouve que c’est intéressant ces études mon projet est de devenir enseignant en cette matière. merci d’y avoir pensé : alors que faire pour ces études à distance ?

    merci

  6. 6 Bakayoko Ladji août 27, 2009 à 1:53

    Bonjour,

    Je suis titulaire d’un Master en Banque et Finance, option marchés financiers et finance d’entreprise, au CESAG de Dakar, un projet de la Banque de France, de la BCEAO et de la BEAC. Le programme est bilingue.

    Je suis actuellement en Côte d’Ivoire ;alors que faire pour bénéficier de cette formation en finance islamique?

  7. 7 OUERTANI septembre 5, 2009 à 9:05

    Bonjour,
    Je suis titulaire d’une maîtrise en Finance et d’un Master en Dynamique Economique et Financière à la FSEG Sfax (Tunisie). Actuellement je suis entrain de mener un sujet sur la Finance Islamique dans le cadre d’un Doctorat recherche, alors que faire pour bénéficier de cette formation en finance islamique? Y a-t-il possibilité d’une formation à distance ? Enfin, j’aimerais bien savoir s’il y a des bourses d’étude pour cette formation, si oui, où je pourrais l’avoir ?

  8. 8 Ouertani septembre 5, 2009 à 9:07

    Bonjour,
    Je suis titulaire d’une maîtrise en Finance et d’un Master en Dynamique Economique et Financière à la FSEG Sfax (Tunisie). Actuellement je suis entrain de mener un sujet sur la Finance Islamique dans le cadre d’un Doctorat recherche, alors que faire pour bénéficier d’une bourse d’étude. Est-il possible de faire cette formation à distance?

  9. 9 Mouhamadou septembre 8, 2009 à 11:34

    Je suis sénégalais travaillant dans une une banque de la place.

    je souhaiterais suivre une formation à distance en finance Islamique. Merci de me renseigner.

  10. 10 ribh septembre 9, 2009 à 12:34

    @ Mouhamadou:

    Salam,

    Il vaut mieux contacter directement l’EMS pour vous renseigner.


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