Riba, dollar et crise des subprimes

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« Les financements structurés ont été une catastrophe absolue. Ils doivent être éliminés. Nous avons besoin d’un nouveau système financier pour une nouvelle époque ; un système qui soit fortement réglé et supervisé ; un système qui maintient son lien essentiel avec l’économie réelle, productive, et qui évite la galaxie des produits dérivés complexes, des obligations sécurisées et des instruments de dettes opaques qui nous ont amenés à la crise actuelle… C’est l’heure de jeter les échafaudages pourris et de reconstruire brique par brique. »

«  La position de super puissance mondiale des Etats-Unis pourrait-elle être remise en cause si le dollar perdait son statut de « super devise » ? Peut-être pas, mais nul doute que les Américains trouveront bien plus coûteux l’exercice de l’hégémonie mondiale si le dollar venait à tomber de son piédestal.

Jusqu’à présent, les Américains ont engrangé les bénéfices en empruntant à bas prix auprès d’étrangers complaisants et en investissant cet argent dans des actions, des obligations et des terrains à haut rendement à l’étranger. En comptant les plus-values, les Américains ont empoché entre 300 et 400 milliards de dollars par an au cours des dernières années – un montant à peu près équivalent à celui du budget de la Défense américain.

L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing s’était autrefois plaint du ”privilège exorbitant” que représentait le dollar américain. Il était scandalisé que les Etats-Unis puissent inonder le monde de leur devise et accumuler des dettes sans pour autant avoir à en payer le prix sous forme d’une hausse de l’inflation ou des taux d’intérêt.

La moitié au moins des 800 milliards de dollars de billets en circulation sont détenus à l’étranger, principalement dans les économies informelles mondiales. Mais les profits vraiment importants tiennent au fait que des institutions comme la Banque populaire de Chine et la Banque du Japon détiennent passivement d’énormes volumes de bons du Trésor américains à faible taux d’intérêt, tandis que les Américains investissent massivement dans le capital-risque, dans les fonds spéculatifs et les banques d’investissement, dans le monde entier, en empochant d’énormes bénéfices.

La suprématie financière américaine a permis d’alléger le coût de fonctionnement de la superpuissance. Mais entre la crise des crédits hypothécaires à risque et le déclin persistant du dollar, il semble aujourd’hui que le privilège exorbitant des Etats-Unis se lézarde. Si les Etats-Unis entrent en récession – une probabilité de 50/50 aujourd’hui – le dollar perdra encore de sa valeur.

Les investisseurs étrangers remanient déjà leurs portefeuilles, en les diversifiant en euros, en livres et même en devises d’économies émergentes comme le real brésilien et le rand sud-africain. Les “fonds souverains” qui investissement au nom de gouvernements du Moyen-Orient, d’Asie, du gouvernement russe et autres, ne sont qu’un autre exemple de la recherche d’alternatives aux obligations à faible rendement en dollars, qui se déprécient rapidement. Si un ralentissement économique mondial se concrétise, toute région qui détient des actions à long terme et des obligations à court terme se brûlera les ailes.

Il semble malheureusement que les décisionnaires américains, confrontés aux menaces croissantes pour le statut du dollar, soient plus enclins à profiter des maux de leur devise, qui constitue la principale exportation du pays, qu’à les soigner. Le gouvernement américain a lui-même tiré parti le situation en accumulant d’importants déficits extérieurs. La Fed semble ne se soucier des taux de change que dans la mesure où ils affectent la croissance et l’inflation, et en ce moment la faiblesse du dollar favorise les exportations américaines. Enfin et surtout, la politique d’imposition de l’administration n’encourage guère l’épargne privée, compte tenu en particulier du traitement préférentiel accordé à la taxation des biens immobiliers…

La bonne nouvelle pour les Américains est que le système commercial et financier mondial se caractérise par une énorme inertie. Il a fallu plusieurs décennies et deux guerres mondiales pour que la livre sterling perde son statut de super devise. Et il n’y a aucun successeur évident au dollar pour le moment.

En effet, la crise des « subprimes » a montré que le système financier européen semblait aussi vulnérable que celui des Etats-Unis. Pareillement, même si le yuan chinois sera roi dans cinquante ans, la mauvaise santé du système financier chinois empêchera sa consécration dans un avenir proche. Une énorme proportion des échanges commerciaux internationaux est toujours libellée en dollars, même si certains membres de l’OPEC, comme le président vénézuélien Hugo Chavez, prônent la rébellion. Et le dollar compte toujours pour plus de 50 pour cent des réserves en devises étrangères des banques centrales.

Mais les signaux d’alerte sont au rouge. À moins que les Etats-Unis se décident à agir, ils pourraient assister à un déclin radical de leur monopole monétaire. Les électeurs américains, bien connus pour exécrer les augmentations d’impôts, pourraient commencer à réfléchir plus sérieusement aux véritables coûts économiques du statut de super puissance de leur pays.

Plusieurs indicateurs permettent d’estimer que : «  le système financier mondial contemporain entrera dans sa phase de rupture au cours de l’année 2008. “Les indicateurs de suivi de la crise montrent désormais que ce ne sont plus seulement les faillites de certains grands établissements financiers (et de nombreux plus petits) aux Etats-Unis d’abord, puis dans le reste du monde, qui sont à craindre dans les prochains mois ; mais que c’est bien le système financier mondial lui-même qui est structurellement atteint.

L’incapacité répétée du réseau des banques centrales mondiales à maîtriser la pénurie de crédit sur fond d’effondrement des deux piliers historiques du système financier mondial contemporain (l’économie US entrée en récession et le Dollar US en décomposition), reflète l’émergence accélérée de forces centrifuges au sein de ce même système.

Après avoir perdu le contrôle de l’évolution des taux d’intérêts, la Réserve Fédérale US vient de perdre deux autres attributs essentiels qui caractérisaient le système financier mondial de l’après-1945 : sa crédibilité d’acteur volontariste pouvant modifier les tendances lourdes des marchés, et sa capacité à organiser et entraîner l’ensemble des banques centrales mondiales selon son rythme et ses objectifs. Ce faisant, elle vient de perdre la capacité de piloter à elle seule le système financier mondial, capacité qu’elle avait acquise après 1945.

Si les marchés financiers sont actuellement surtout sensibles à la perte du premier attribut, la perte du second (et sa conséquence en terme de pilotage du système) porte en germe la rupture du système financier mondial au cours de l’année à venir, probablement à l’été 2008, quand les conséquences de la récession US commenceront à se faire sentir pleinement et qu’Asiatiques et Européens se verront définitivement contraints d’imposer leurs propres choix au « pilote de la Fed ».

Ces évolutions cruciales, à un moment où les conséquences de la récession américaine n’ont pas encore montré leur ampleur (en Asie et aux Etats-Unis en particulier), illustrent l’accroissement rapide des forces centrifuges qui vont, selon nos anticipations, conduire à une rupture du système financier mondial contemporain à l’été 2008.

Cette rupture se traduira par de multiples conséquences désastreuses pour les principaux établissements financiers mondiaux, en particulier ceux qui n’ont pas encore compris le sens de l’évolution en cours et qui restent donc fortement impliqués dans le système Dollar en voie d’implosion. Ces établissements connaîtront, à un degré infiniment plus fort, le même sort que les banques qui n’ont pas vu venir la crise des subprimes et sont aujourd’hui au bord du désastre.

Parallèlement, pour les déposants et les investisseurs, cette période de rupture entraînera des risques de pertes considérables à l’image de deux autres périodes de rupture précédentes (1929 et les années qui ont suivi, et 1973 et la fin de la décennie 1970). La rupture en cours est d’une envergure encore plus forte du fait de l’importance disproportionnée prise par la sphère financière dans l’économie contemporaine.

D’ici l’été 2008, il sera possible de discerner plus clairement les modalités de réorganisation du système financier mondial dans la phase de réorganisation qui suivra nécessairement sa phase de rupture. Il est certain que les Européens (la zone Euro essentiellement), autour du tandem Chine-Japon, devront aussi composer avec la Russie et les pays pétroliers pour structurer un nouveau système.

L’évolution sera très douloureuse pour les Etats-Unis (et tous les opérateurs connexes) car il est inévitable que le nouveau système ne sera plus organisé à leur profit comme ce fut le cas ces soixante dernières années. La future administration américaine, qui prendra les rênes du pays en Janvier 2009, aura donc une tâche prioritaire sur son agenda : gérer au mieux cette transformation historique, porteuse de nouvelles contraintes économiques et financières, sur fond d’économie en récession. Européens et Asiatiques devront aussi garder en tête cet élément pour éviter que la rupture ne se transforme en chaos. »

En guise de conclusion on peut citer le diagnostic suivant tiré d’un article intitulé  “Subprimes, chute du dollar : pour qui sonne le glas”. * Comme Monsieur Jourdain qui faisant de la prose sans s’en rendre compte, l’auteur appelle de ses vœux (sans le savoir) à l’instauration d’un système financier conforme aux principes de la Charia :
« Les financements structurés ont été une catastrophe absolue. Ils doivent être éliminés. Nous avons besoin d’un nouveau système financier pour une nouvelle époque ; un système qui soit fortement réglé et supervisé ; un système qui maintient son lien essentiel avec l’économie réelle, productive, et qui évite la galaxie des produits dérivés complexes, des obligations sécurisées et des instruments de dettes opaques qui nous ont amenés à la crise actuelle… C’est l’heure de jeter les échafaudages pourris et de reconstruire brique par brique. »

Sources :

-          Global Europe Anticipation Bulletin (GEAB)

-          (*)   Mike Whitney, Le Grand Soir .info

-          Project Syndicate

-          Syndication : RIBH

1 Réponse vers “Riba, dollar et crise des subprimes”


  1. 1 Moi avril 26, 2008 à 3:55

    bonjour,
    J’ai vu que vous vous en preniez aux obligations sécurisées. Il ne faut surtout pas faire d’amalgame entre la crise actuelle des subprimes et les obligations sécurisées… En effet, la crise vient des prêts subprimes, qui ont été titrisés sous forme de MBS. C’est ce qu’on appelle une titrisation off balance sheet car la banque se débarasse du risque vers les investisseurs.
    Cependant, les obligations sécurisées proviennent de la titrisation on balance sheet. Elles restent dans le bilan des banques. Les investisseurs bénéficient d’un collatéral de qualité AAA et en plus ils bénéficient d’un droit sur l’emetteur lui même. Les obligations sécurisées sont parmi les actifs les plus sûrs du marché, presque autant que les obligations d’Etat. Ce ne sont certainement pas ces titres qui sont et qui pourront être à l’origine de crise financière.

    Respectueusement


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