Archive pour mars 2006

Banking islamique en algérie

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Le crédit version « halal »

L’érosion du pouvoir d’achat des Algériens par le fait de la décrue économique de la dernière décennie a provoqué une espèce de désinvestissement domestique des ménages. Ces derniers ont bien du mal à boucler les fins de mois avec leurs salaires figés face à un marché très mouvant.

Acquérir une voiture ou simplement un réfrigérateur ou une cuisinière relève presque de l’impossible. Puis vint le crédit à la consommation… De nombreuses banques publiques et privées se sont lancées dans ce business fort rentable. Avec des taux d’intérêt oscillant entre 8,25% et 10% de la valeur du bien, le crédit automobile a boosté ce marché au point où même les cadres supérieurs recourent à cet endettement pour s’offrir une bagnole flambant neuf, fût-elle une Maruti. Et comme les Algériens semblent avoir la religion à fleur de peau, le crédit bancaire est estampillé « haram » (péché) en ce sens qu’il est assimilé à du « ribba » (prêt avec intérêt). La mode a donc changé progressivement pour ceux qui sont très regardants sur les préceptes divins et prêtent attention aux exégètes de la finance. Pour les Algériens pratiquant le crédit oui, mais pas à n’importe quel prix. Surtout chez n’importe quelle banque. Et depuis quelques mois, El Baraka Bank est devenue La Mecque de nombreux postulants au financement bancaire. Cette institution de droit algérien, qui appartient à hauteur de 50% à la Badr et le reste au Saoudien cheikh Salah Abdallah Kamal, basé au Bahreïn, offre une « couverture » religieuse à ceux qui rechignent à s’engager avec les banques conventionnelles. Un créneau très porteur qui place El Baraka dans une position de monopole. « Contracter un crédit, c’est bien, mais avoir la ‘‘baraka’’ de Dieu, c’est mieux ! » Cette formule de Malek résume parfaitement l’état d’esprit de ces milliers d’Algériens qui ont choisi le financement islamique de leur voiture via El Baraka. Et la formule semble marcher à merveille pour cette institution présente depuis une dizaine d’années en Algérie. Entamé en 2003, ce crédit version « hallal » a atteint, le mois dernier, 16 milliards de dinars, soit 160 milliards de centimes. Le responsable du marketing s’enorgueillit de ce que El Baraka Bank soit « leader dans le financement automobile » avec pas moins de 32 000 véhicules. Et la tendance s’annonce fort prometteuse puisque ce mode de financement a particulièrement carburé en 2005 avec 15 000 véhicules financés pour des particuliers et 20 000 projetés d’ici à la fin de l’année.

El Baraka carbure à 15 000 véhicules en 2005

Pour El Baraka Bank, cette formule est un produit phare qui lui assure une importante valeur ajoutée. Pour ce faire, des agents de la banque sont installés dans les show-rooms des plus importants concessionnaires automobiles pour capter in situ la clientèle. Cette campagne de proximité, qui a boosté le « crédit » El Baraka, a poussé les responsables de cette banque, pas comme les autres, à projeter une représentation chez tous les constructeurs auto présents en Algérie via des conventions. Saïd Karim, le maître d’œuvre de ce dispositif, annonce un maillage complet d’ici à la fin de l’année. Avec ses 15 agences réparties à travers les grandes villes, El Baraka Bank étend son pouvoir de séduction pour attirer le maximum d’« adeptes ». Et les résultats sont là : à la fin de l’année 2005, El Baraka Bank affiche un tableau de bord clinquant avec ses 650 millions de dinars net, soit l’équivalent de quelque 9 millions de dollars. La rentabilité de cette banque sur fonds propres est la plus performante sur la place, affirme fièrement Saïd Karim, le maître d’œuvre de cette stratégie dans cette banque pas comme les autres, ou presque. En 15 années de présence en Algérie, El Baraka Bank, qui fait partie d’El Baraka Banking Group (ABC), regroupant toutes les banques islamiques dans 10 pays arabes et même à Hong Kong, se pointe à la 7e position, selon le classement du groupe Jeune Afrique, et au Top 50 des entreprises d’Afrique du Nord. Son « crédit auto » religieusement correct », qui en a fait sa spécificité, lui assure une telle prospérité au point où ses responsables ont décidé d’en faire un segment stratégique de développement. En effet, d’ici à la fin de l’année, El Baraka va tenter le maillage de tout le territoire national avec de nouvelles agences. « Le marché de l’auto va encore exploser, on doit se préparer pour intéresser le maximum de clients », précise Karim Saïd. Intéresser d’accord, mais pas par… intérêt. Ce mot fâche beaucoup les responsables de cette banque, c’est pourquoi il est soigneusement enserré entre guillemets. Pour cause, pour El Baraka, la notion d’intérêt est la ligne de démarcation avec les autres banques basiques. « Nous ne prélevons pas d’intérêt, mais juste une marge bénéficiaire qui est calculée sur la valeur du bien, parce que, pour nous, l’intérêt est péché (haram). » Le responsable marketing d’El Baraka est un peu gêné de réduire les prestations de sa boîte à une histoire de « hallal et haram ». « Et après tout, c’est une banque commerciale comme toutes autres, mais qui a ses spécificités. » Il ne veut pas non plus froisser ses collègues des autres banques, en se refusant de porter un jugement sur la conformité des crédits qu’ils proposent aux préceptes de l’Islam.

L’argent a-t-il une religion ?

Mais pour El Baraka, les choses sont claires : « Le banking islamique suppose que la monnaie ne peut pas être elle-même créatrice de surplus. » En termes simples, il est interdit de prêter de l’argent moyennant un remboursement plus conséquent. L’argument étant que la monnaie possède une valeur d’échange et que, à ce titre, elle doit être au préalable transformée en un bien réel ou un service pour justifier la marge bénéficiaire, appelée la « mourabaha ». Et cette marge ne se justifie que s’il y a une opération d’achat ou de vente du bien ou du service. Et pour schématiser, le crédit auto à El Baraka est une opération qui consiste pour cette banque à acheter une voiture au choix du client et qu’elle lui revend à un prix supérieur (la marge) suivant un échéancier préétabli. Bien que, tout compte fait, le prix de revient du véhicule est à peu près le même chez toutes les banques, El Baraka présente pour ses clients une sorte de valeur ajoutée qui s’exprime sous forme d’une levée de l’hypothèque religieuse. « Je préfère le financement de El Baraka pour avoir la conscience tranquille sur ce qu’on raconte sur les intérêts bancaires. » Cette réplique de Amar est pratiquement le leitmotiv de tous ceux qui ont sollicité la « bénédiction » de El Baraka Bank. Pourtant, des milliers d’Algériens se sont endettés chez les autres banques à coups de taux d’intérêt parfois prohibitifs sans trop se poser de questions. Certains par ignorance, d’autres par nonchalance et d’autres encore ne croyant même pas cette « histoire de haram », arguant du fait que El Baraka « fait exactement la même chose de manière détournée ». Mais El Baraka Bank, ce n’est pas uniquement le prêt pour l’acquisition de véhicules pour les particuliers. De grosses boîtes appartenant à des capitaines d’industrie sollicitent ses services. Beaucoup d’investissements ont été réalisés par des privés grâce au concours de El Baraka. Dans ce créneau très rentable, l’argent n’a pas d’odeur, pas plus qu’il n’ait une religion. Il faut savoir, en effet, que cette banque islamique fonctionne selon les mêmes règles commerciales que ses concurrentes. Elle propose également les mêmes produits de service avec, cependant, un mode opératoire différent qui prend en considération l’exception religieuse et une appellation à connotation islamique. C’est ainsi que le financement de l’acquisition d’une marchandise (véhicule, par exemple) est appelé la « mourabaha », la prise de participation dans une entreprise la « moucharaka », la réalisation d’un projet « istisna’a » ou encore le préfinancement d’une activité d’une entreprise étiqueté « salam ». El Baraka Bank propose, aussi, la formule de leasing et bien sûr les prestations conventionnelles des banques, comme l’ouverture des comptes d’investissement soumis à l’orthodoxie de la profession bancaire et évidemment à la logique du profit généré par l’usage de cet argent. En outre, El Baraka compte s’investir dans le e-banking pour permettre à ses clients d’effectuer quelques opérations à domicile. Aussi, cette banque se lancera, le mois de mai prochain, dans le marché de l’immobilier à travers le financement de logements pour lequel une étude de marché est déjà fin prête.

Des fatwas pour contrôler les crédits

Chez El Baraka Bank, le banking islamique n’est pas un vain mot. Tous les chiffres et tous les dinars amassés grâce aux différentes opérations bancaires sont passés au crible. Il faut contrôler la conformité des bénéfices au normes édictées par la charia (le droit musulman). C’est ainsi que chaque fin d’exercice, trois auditeurs de charia externes à la banque et spécialisés dans le fiqh vérifient les compte de El Baraka. Aussi, la maison mère envoie, chaque année, une mission d’inspection à partir de Djeddah (Arabie Saoudite) pour éplucher les résultats de la banque. Et si, par hasard, un dinar supplémentaire est détecté, il sera directement versé dans un compte spécial qui sert à financer les actions caritatives de la banque. Et pour ne pas laisser de traces d’un quelconque intérêt non licite, ces dinars de trop ne sont pas comptabilisés dans les résultats comptables de la banque.

Hassan Moali

Al Watan – Edition du 26 mars 2006 

Société islamique pour le développement du secteur privé (SIDSP)

A l’invitation du Club économique algérien, des responsables de la Société islamique pour le développement du secteur privé (SIDSP) séjournent à Alger depuis samedi dernier.

Une rencontre avec des hommes d’affaires a été organisée à cette occasion hier à Bordj El Kiffan, où les dirigeants de la SIDSP ont eu à présenter leur société, les principes de son fonctionnement et les différentes prestations qu’elle assure dans les 18 pays où elle est présente. Selon son PDG, Ali Souleymane, la société est une filiale de la Banque islamique de développement (BID), mais bénéficie d’un statut, d’une institution financière internationale et multilatérale créée pour le développement de ses pays membres à travers des services financiers fournis au secteur privé. La SIDSP a été créée en vertu d’une résolution adoptée par le Conseil des gouverneurs de la BID à sa vingt-quatrième réunion tenue en novembre 1999. L’objectif de la SIDSP est, selon son patron, de « devenir la première institution financière islamique multilatérale au service du développement du secteur privé ». Les produits financiers que l’institution financière propose se résument principalement en quatre types. Le financement direct se fait à travers la souscription et l’achat d’actions ou l’octroi de crédits à terme pour des projets productifs et viables ou des sociétés opérant dans les pays membres. La gestion d’actifs qui permet à la SIDSP d’agir en tant que gestionnaire ou promoteur de fonds créés par d’autres investisseurs institutionnels. Le troisième type de produit proposé concerne le financement structuré qui permet à la société d’organiser et de gérer des financements en consortium, de souscrire et de gérer également les émissions d’actions et de titres, et d’effectuer des placements privés ainsi que des titrisations pour ses clients. Une remarque cependant : la particularité du fonctionnement d’une « banque islamique », tient du fait que celle-ci n’admet pas, pour son fonctionnement, le principe de la rémunération des crédits, autrement dit les intérêts. Selon quels paramètres fonctionnent ce type de banques ? Selon le responsable du marketing au sein de la SIDPS, Merouane Seif Eddine, le fonctionnement de la société se réfère aux principes de l’interdiction de l’intérêt « riba » sur toutes les transactions financières, qu’il s’agisse de « riba » sur les dettes ou de « riba » sur les ventes, particulièrement le change de monnaies à terme. Le financement islamique, ajoute le même responsable, s’adosse à des actifs. C’est pour cela qu’on retrouve souvent le mode du crédit-bail « basé sur la location de biens d’équipement et autres actifs immobilisés, tels que les usines, les machines et les équipements destinés à des infrastructures industrielles ». A la fin du bail, la banque transfère la propriété au bénéficiaire et à titre gracieux. « La vente à tempérament » (à terme) est aussi proposée par la banque comme un crédit-bail, sauf que le titre de propriété est transféré au bénéficiaire dès livraison des équipements ou biens. Dans le cadre de ce mode de financement, la banque achète les équipements et les machines et les revend au bénéficiaire à un prix plus élevé. La participation aux bénéfices est aussi une autre forme de partenariat dans le cadre duquel « deux ou plusieurs parties mettent en commun leurs fonds pour financer une entreprise. Les partenaires se partagent les bénéfices (ou pertes) proportionnellement à leur contribution au capital ». Il y a aussi un autre mode de financement appelé « l’istisna’a » qui consiste à « la fabrication de biens et autres actifs ». « Aux termes du contrat, le fabricant accepte de livrer à l’acheteur des biens fabriqués conformément aux spécifications précisées, mais aussi dans un délai et à un prix convenu », explique notre interlocuteur. Selon lui, il y a aujourd’hui un engouement grandissant pour ces types de financement. « C’est la raison pour laquelle plus de 200 institutions financières islamiques se sont développées dans le monde et proposent des produits concurrentiels par rapport aux banques classiques. »

Al Watan – Edition du 6 mars 2006

Lyes Malki


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